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Lose Your MotherA Journey Along The Atlantic Slave Route

Publié aux Etats-Unis en 2007, Lose Your Mother est le deuxième livre de l'historienne et autrice Saidiya Hartman. Mêlant étude des lieux de l'esclacage au Ghana et récit de son voyage en tant qu'universitaire, Hartman développe une œuvre hybride à la croisée d'un travail de recherche historique, du récit individuel, de la critique, de l'essai et de la narration intime et familiale. À travers une démarche contre-disciplinaire, l'autrice fait trembler l'artifice d'une binarité entre le personnel et le politique.
Dans les mots de Maboula Soumahoro (Le Triangle et l'Hexagone, réflexions sur une identité noire, La découverte, 2020), Hartman « explore l'histoire autant qu'elle s'explore elle-même » et « s'interroge sur la possibilité, improbable à ses yeux, de réellement retrouver le continent africain, perçu comme la terre d'origine ou ancestrale de ceux dont l'ascendance renvoie irrémédiablement à la traite négrière transatlantique ».

« Je faisais, moi aussi, partie des témoins qui manquaient à l'appel. La prise en compte de ce dont j'avais hérité m'avait menée à ce cachot, mais à présent tout cela me paraissait hors de portée. Je m'évertuais à établir des liens entre le passé et le présent ainsi qu'à cartographier l'itinéraire Côte-de-l'Or-Curaçao-Montgomery-Brooklyn. Mais mes fouilles étaient sans fin.
Je pouvais énumérer l'ensemble des débats portant sur les conséquences catastrophiques que constitue le fait d'avoir été un bien meuble, de s'être vu refuser la protection de la citoyenneté et d'avoir été privé du droit à l'égalité. La réalité était que nous vivions encore dans un monde dans lequel le racisme fait le tri entre les riches et les pauvres et décide de qui vit et qui meurt. Le racisme, selon Michel Foucault, c'est la répartition sociale de la mort ; à la façon d'un tableau actuariel, il prédit qui prospérera et qui ne prospérera pas. À chaque étape de la vie, les Noirs courent deux fois plus de risques de mourir que les Blancs et leur espérance de vie est plus courte.
(...)
Cela expliquait en partie ma présence dans ce cachot. Mais il y avait également quelque chose de l'ordre de l'intime. Traîner dans cette pièce vide était ma façon à moi d'essayer de comprendre de quelle manière ce souterrain m'avait créée et marquée. L'origine de mon désespoir remontait-elle à la première génération arrachée à son pays ? Était-ce la raison pour laquelle je pouvais parfois ressentir une telle lassitude vis-à-vis de l'Amérique, comme si j'avais moi aussi débarqué en Caroline du Sud en 1525 ou à Jamestown en 1619 ? S'agissait-il de la pression exercée par toutes les mères perdues ou bien de celle des enfants devenus orphelins ? Ou était-ce lié au fait que, pour chaque génération, le joug d'une vie abîmée et le désarroi de ne pas être reconnu, d'être considéré comme un perpétuel étranger se faisaient de nouveau ressentir ?
Je traînais dans ce cachot d'esclaves non parce que j'espérais y découvrir ce qui s'était réellement passé, mais plutôt à cause de ce qui avait perduré de cette histoire. Pour quelle autre raison commencer une autobiographie dans un cimetière ? »
Saidiya Hartman
Saidiya Hartman enseigne au département d'anglais et littérature comparée de l'université de Columbia, New York. Spécialiste de la littérature et de l'histoire culturelle afro-américaines, elle est l'autrice des ouvrages Wayward Lives, Beautiful Experiments: Intimate Histories of Social Upheaval (W. W. Norton, 2019), Scenes of Subjection: Terror, Slavery, and Self-Making in Nineteenth-Century America (Oxford University Press, 1997) ainsi que des essais The Plot of Her Undoing, Notes on Feminism 2, Feminist Art Coalition (2019) ; Venus in Two Acts, Small Axe 26 (2008).
Préface de Maboula Soumahoro.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Maboula Soumahoro (titre original :Lose Your Mother. A Journey Along The Atlantic Slave Route, Farrar, Straus and Giroux, 2007), accompagné de l'essai Venus in Two Acts, traduit par Émilie Notéris.

Conception graphique : Sophie Demay & Maël Fournier-Comte (In the Shade of a Tree).
 
2021 (parution prévue au 2e trimestre)
édition française
12,5 x 19,5 cm (broché)
368 pages
 
à paraître


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