Un entretien mené le 18 décembre 1974 avec le photographe Peter Hujar autour d'une journée ordinaire de sa vie, dévoilé au public un demi-siècle après son enregistrement.
En 1974, Linda Rosenkrantz demande à son ami, le photographe Peter Hujar, d'écrire tout ce qu'il a fait le 18 décembre de cette année-là. Le lendemain, Hujar retrouve Rosenkrantz dans son appartement de l'Upper East Side à New York. Il n'a rien écrit. Elle décide alors de l'enregistrer et lui pose des questions sur le détail de sa journée.
Peter Hujar, 18 décembre 1974 est la transcription intégrale de cet échange. Au fil de ce récit d'une précision presque hypnotique, une journée en apparence banale se transforme en un saisissant portrait de l'artiste, de son regard et de son époque. Le texte (publié plusieurs décennies plus tard, et adapté en 2025 au cinéma par Ira Sachs avec les acteurs Ben Whishaw et Rebecca Hall) plonge le lecteur dans un présent d'une rare intensité, où l'infime devient matière à récit et où l'ordinaire révèle toute son exceptionnelle densité.
Linda Rosenkrantz (née en 1934 dans le Bronx, New York) est une autrice et éditrice américaine. Figure singulière de la scène artistique et littéraire new-yorkaise de la deuxième moitié du XXe siècle, elle est connue pour ses expérimentations narratives mêlant transcription du réel, autobiographie et fiction documentaire. Après des études à la High School of Music and Art de Manhattan puis à l'Université du Michigan, elle travaille dans le monde des ventes aux enchères et devient, à la fin des années 1960, rédactrice fondatrice du magazine
Auction. Elle fréquente alors le milieu artistique new-yorkais, côtoyant notamment
Andy Warhol, Chuck Close, Susan Sontag et le photographe
Peter Hujar. Tout au long de sa carrière, Rosenkrantz a poursuivi l'exploration du réel à travers divers projets fondés sur l'enregistrement et la transcription de conversations.
Peter Hujar (1934-1987) est l'un des grands photographes américains du XXe siècle. Né à Trenton, dans le New Jersey, Hujar grandit dans un environnement modeste. À l'issue de ses études secondaires, de 1953 jusqu'en 1968, il travaille comme assistant auprès de différents photographes publicitaires. Il développe ensuite une pratique artistique personnelle. Dans le loft-studio qu'il occupe au-dessus d'un théâtre de l'East Village, Hujar photographie ceux qui suivent leur instinct créatif et refusent les succès faciles. Il côtoie dès lors des acteurs, des artistes, des musiciens et des danseurs, toute une communauté queer et d'avant-garde dont les personnalités comme Candy Darling, Fran Lebowitz,
Allen Ginsberg,
William S. Burroughs, Susan Sontag,
Paul Thek, John Waters et
David Wojnarowicz.
À quarante-deux ans, en 1976, il conçoit l'unique monographie qui sera publiée de son vivant,
Portraits in Life and Death [
Portraits dans la vie et dans la mort], comprenant une préface de Susan Sontag. Il inaugure aussi sa première exposition personnelle dans une galerie (
Portfolio by Peter Hujar, Foto Gallery, New York, 1975). Cette exploration de l'intimité qu'il a menée en tant que portraitiste, il l'applique à la photographie – dépourvue de sentimentalisme –, d'animaux et de plantes, de paysages et de bâtiments, et à la saisie des singularités des corps nus.
Bien qu'admiré par ses pairs, et aujourd'hui vénéré comme une icône de la scène artistique de Downtown de l'époque,
Hujar connut peu de succès commercial de son vivant. Son refus des compromis, sa méfiance envers le marché de l'art et son mode de vie souvent précaire contribuèrent à maintenir son travail dans une relative marginalité. Hujar meurt du sida le 26 novembre 1987 à New York, à l'âge de 53 ans. Sa disparition marque profondément la communauté artistique new-yorkaise décimée par l'
épidémie de sida.
Depuis les années 1990, son œuvre a fait l'objet de nombreuses rétrospectives internationales, notamment au Bundeskunsthalle, Bonn, Allemagne (2026) ; à The Morgan Library & Museum, New York, États-Unis (2026 ; 2018) ; au
Jeu de Paume, Paris (2019-2020) ; au Stedelijk Museum, Amsterdam, Pays-Bas ; et au Fotomuseum Winterthur, Winterthur, Suisse (1994).