les presses du réel

FemeninePerformed by ensemble 0 (CD)

Julius Eastman - Femenine
Une pièce majeure et longtemps oubliée du minimalisme américain, composée en 1974, dense et hypnotique, interprétée par l'Ensemble 0.
La pièce Femenine de Julius Eastman est une une œuvre comme une grande et lente respiration possédant quelque chose d'informel tout en plongeant l'auditeur dans un état proche de l'hypnose.
Quatre éléments en forment une base quasiment immuable : un timing précis, un réservoir de note (les six premières notes de la gamme de mi bémol majeur), un court motif répété inlassablement au vibraphone, et des clochettes activées mécaniquement, chacune à un tempo légèrement différent, rappelant le Poème symphonique pour 100 métronomes de György Ligeti, créant un processus constant de déphasage entre elles et avec le vibraphone. Le reste n'est que squelettes de figures mélodiques, rythmiques, à varier à volonté, à ne jamais figer dans l'écrit.
La dernière version connue de Femenine jouée de son vivant se déroula en juin 1975 à la Buffalo Albright-Knox Art Gallery. Une version donnée simultanément, mais dans un autre espace du musée, avec une autre pièce dont on n'a à ce jour retrouvé aucune trace, intitulée Masculine.
Eastman n'imposait rien, proposait, essayait beaucoup. II insistait sur le fait que les compositeurs devaient jouer leur propre musique. Ressusciter une pièce comme Femenine, pour laquelle la transmission orale restera toujours beaucoup plus importante que n'importe quelle partition, peut être vu comme une sorte de violation de l'esprit de la musique. Mais l'autre alternative, c'est le silence et l'oubli.


L'Ensemble 0, dirigé par Stéphane Garin et Sylvain Chauveau, est un ensemble à géométrie variable créé en 2004, interprétant des pièces de compositeurs essentiellement actuels ainsi que les compositions de ses membres.
Pour cette pièce, l'Ensemble 0 rassemble Melaine Dalibert (piano), Sophie Bernado (basson), Cyprien Busolini (alto), Jozef Dumoulin (Fender Rodhes, synthétiseur), Céline Flamen (violoncelle), Stéphane Garin (percussions, co-direction artistique), Ellen Giacone (voix), Jean-Brice Godet (clarinette basse), Amélie Grould (vibraphone), Alexandre Herer (électronique), Tomoko Katsura (violon), Julien Pontvianne (saxophones, orchestration, co-direction artistique) et Christian Pruvost (trompette).
Julius Eastman (né en 1940 à New York) est un compositeur, pianiste, chanteur, acteur et danseur américain associé au courant minimaliste. Il est l'un des premiers à avoir associé des éléments de musique pop à la musique minimaliste, dans des pièces qui reflètent ses engagements radicaux contre le racisme et l'homophobie, entre musique contemporaine répétitive et disco naissante.
L'un des rares Afro-Américains à être reconnus sur la scène musicale d'avant-garde de New York des années 1970 et 80, à la fois proche et distant de l'École de New York de John Cage (Cage ne lui ayant pas pardonné une interprétation de ses « Song Books »), Christian Wolff et Morton Feldman, Julius Eastman est resté un personnage solitaire et énigmatique. Politiquement engagé et provocateur (en témoignent les titres de ses œuvres comme Evil Nigger ou Gay Guerrilla), figure de la culture queer, Julius Eastman est un poète solaire et solitaire dont la mélancolie a marqué son œuvre autant que son destin tragique.
Jusqu'en 1981, Julius Eastman se retrouve au cœur de la vie artistique foisonnante de l'Université de Buffalo puis de Manhattan, qui le voit notamment jouer avec Meredith Monk et Arthur Russell ou voyager vers l'Europe pour une tournée en solo (voix / piano). Il fait alors partie d'une génération de musiciens qui décloisonnent peu à peu les styles de musiques tout en digérant en direct tout ce qui se créé alors, de Earth Wind and Fire à La Monte Young.
Pendant l'hiver 1981-82 il se fait expulser de son appartement par la police, qui au passage détruit la plupart de ce qu'il possède, dont partitions et enregistrements. Il ne fait pas grand chose pour retrouver ces documents, voyant dans cet événement un signe supplémentaire pour se rapprocher d'une sorte d'ascétisme à laquelle il tend chaque jour un peu plus, le faisant abandonner progressivement la vie musicale new-yorkaise. Il se retrouve à la rue, vivant notamment dans le parc de Tompkins Square, dans l'East Village. Il meurt neuf ans plus tard, en 1990 à l'âge de 49 ans, seul, à l'hôpital de Buffalo, sans que personne ne s'en aperçoive pendant presque une année.
Artiste « oublié » (aucune de ses œuvres enregistrées n'était sortie de son vivant et bon nombre de ses partitions ont été perdues), il n'a été redécouvert que depuis les années 2000, notamment grâce au travail de recherche qu'a initié la compositrice Mary Jane Leach.
 
paru en février 2021
71'
 
14.50
EAN : 5411867115014
 
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