les presses du réel
Sara Ouhaddou, Tazuko Masuyama, Yukihisa Isobe, Amie Barouh - Les êtres lieux
Quatre artistes contemporain.e.s à l'écoute de leurs territoires (le catalogue de l'exposition à la Maison de la culture du Japon à Paris).
De générations et de géographies différentes, Amie Barouh, Yukihisa Isobe, Tazuko Masuyama et Sara Ouhaddou ont en commun d'animer et de raviver nos manières d'être aux lieux et les liens qui nous y attachent, qu'ils soient ancestraux, familiaux, vivants, affectifs ou écologiques. En ce sens, les lieux qu'ils travaillent et qui les travaillent, sont à entendre dans leur épaisseur spatiale et temporelle, dans leur plasticité, comme des milieux au sens géographique du terme, soit l'ensemble des conditions naturelles et sociales, visibles et invisibles qui influencent nos vies, en tant qu'individu ou communauté. Photographier quotidiennement pendant plus de vingt ans la vie d'un village voué à disparaître sous les eaux d'un barrage au Japon (Tazuko Masuyama), représenter métaphoriquement les transformations constantes de l'environnement et les flux qui nous constituent (Yukihisa Isobe), construire une cabane hybride née de la rencontre entre deux géographies et leurs premières formes d'expression (Sara Ouhaddou) ou redonner vie à un être cher par la mise en mouvement d'archives et de fragments d'existence dans une installation vidéo (Amie Barouh) sont autant de gestes agencés par les artistes dans cette exposition. Tour à tour territoires d'habitation ou matrices existentielles, leurs Êtres Lieux mobilisent des manières de vivre et de faire, où s'improvisent des moyens de résistance, où se construisent des modes de création, où s'inventent d'autres formes d'ancrage et de coexistence. Le Japon est également l'un des personnages principaux de l'exposition, à partir duquel les œuvres ici conviées entrent en résonance.
Publié à l'occasion de l'exposition éponyme à la Maison de la culture du Japon à Paris en 2022.
Les œuvres de Sara Ouhaddou (née en 1986 à Draguignan, vit et travaille entre la France et le Maroc) naissent d'une mise en mouvement entre des cultures et des territoires, à la recherche de dialogues inédits. Des montagnes de l'Atlas au Maroc où vivent ses ancêtres à la région d'Aomori au Japon où elle a résidé, elle a fait de sa curiosité pour des cultures anciennes la ligne directrice de son travail, et un guide vers une interdisciplinarité de formes, de médiums, de savoir-faire qui lui confère sa singularité.
Née dans le sud de la France au sein d'une famille d'origine marocaine, Sara Ouhaddou a grandi avec une double culture qui a façonné sa pratique artistique. Installations, peintures, sérigraphies, broderies, céramiques, etc., la diversité des moyens qu'elle convoque témoigne d'une mobilité formelle au service de ses projections conceptuelles. Son travail, basé sur des recherches à la croisée de l'archéologie et de l'anthropologie, interroge les héritages culturels et leurs transformations au fil de générations : particulièrement intéressée par les origines du langage et les premières formes d'écriture pictographique, elle prélève et répertorie les signes et symboles apparus dans l'art ancien pour les remettre en circulation et les réactualiser dans ses œuvres, la plupart du temps conçues en collaboration avec ses ami.e.s, sa famille, mais aussi des artisan.e.s dont les savoir-faire menacent aujourd'hui de disparaître.
Tazuko Masuyama (1917-2006) est née, a grandi et a passé la majeure partie de sa vie à Tokuyama, un village situé dans le département de Gifu, aujourd'hui submergé par l'un des plus grands réservoirs d'eau artificiels du Japon. En 1977, alors que ce projet de barrage était déjà en préparation, Masuyama a commencé à photographier son environnement quotidien, des montagnes aux célébrations locales, des réunions de planification à la construction de cet ouvrage. A travers des milliers de clichés, elle a ainsi enregistré pendant près de trente ans la disparition d'un territoire et d'un mode de vie, constituant une archive rare et précieuse sur les transformations d'un environnement naturel par la main de l'homme. Imaginé en 1957, ce n'est qu'en 1977 que le plan du barrage devient réalité pour les habitant.e.s de Tokuyama. Cette même année, Tazuko Masuyama décide de commencer à photographier le village, sa communauté comme son écosystème au rythme des saisons avant sa submersion. Sur les conseils de l'un de ses clients, elle acquiert un appareil automatique, le Pikkari Konica, seul modèle qu'elle adoptera jusqu'à la fin de sa vie. Son geste quotidien de photographier atteste également de son énergie créatrice comme d'une pulsion de vie. « Avec un appareil photo, je deviens folle. Dans l'espoir de photographier le village à l'aube, je gravis la montagne dès 4h30 du matin et j'attends le lever du soleil. Je peux aller n'importe où, qu'il neige ou qu'il pleuve, pourvu que je porte mon pantalon en velours et mes bottes. »
Yukihisa Isobe (né en 1935 à Tokyo) est un artiste reconnu au Japon pour sa démarche pionnière alliant pratique artistique et enjeux environnementaux. Si les titres de ses œuvres – Ecological Context [Contexte écologique], Personal Landscapes [Paysages subjectifs], Wind Direction Undefinable [Direction du vent indéfinie] ou encore Where has the river gone [Où est passée la rivière] – portent en eux cette association permanente entre art et écologie, c'est bien l'ensemble de son travail qui explore dès les années 1960 d'autres formes de relation entre les sciences de l'environnement et les poétiques qui les parcourent. Ses premières peintures et sculptures s'inscrivent dans une tradition picturale issue des avant-gardes japonaises, dans un moment de vitalité artistique et de grand bouleversement politique et intellectuel propre à la période d'après-guerre et à la reconstruction du pays. En 1965, il décide de se retirer de la scène artistique japonaise pour partir étudier les sciences naturelles aux Etats-Unis, à la recherche d'autres convictions, d'autres outils. Il se passionne pour la recherche scientifique dans le domaine de l'écologie, suite à une rencontre décisive avec l'architecte paysagiste Ian L. McHarg, précurseur du mouvement de la planification écologique – un processus de compréhension et d'évaluation de l'utilisation des territoires dans le but d'assurer une meilleure adéquation ou interaction avec l'habitat humain. Devenu docteur en sciences de l'environnement à l'Université de Pennsylvanie en 1972, Yukihisa Isobe se consacre alors à l'analyse et à l'évaluation écologique dans différents territoires, tout en s'investissant dans des mouvements culturels contestataires aux États-Unis.
Amie Barouh (née en 1993 à Tokyo, vit et travaille au Pré Saint-Gervais) réalise des films, entre documentaires et essais visuels, dont le point de départ est souvent inspiré de ses expériences de vie. Elle est la fille du compositeur et parolier Pierre Barouh
Texte de Élodie Royer.

Conception graphique : Charles Mazé & Coline Sunier.

Publié avec la Maison de la culture du Japon à Paris.
 
2022 (parution prévue au 3e trimestre)
édition bilingue (français / anglais)
28,5 x 31 cm (broché)
44 pages (ill.)
 
10.00
 
ISBN : 978-2-37896-336-1
EAN : 9782378963361
 
à paraître
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