les presses du réel
Nairy Baghramian - Misfits
Ce catalogue explore certains des thèmes centraux de la recherche de l'artiste d'origine iranienne Nairy Baghramian, qui met en perspective l'histoire de la sculpture, s'appuie et joue sur les contingences du contexte institutionnel et emprunte certaines de ses références aux champs de l'architecture, du design ou du spectacle.
Le projet Misfists consiste en un ensemble de nouvelles sculptures, présentées à la galerie Marian Goodman mais aussi à la Galleria d'Arte Moderna (GAM) à Milan au sein d'une exposition organisée en collaboration avec la Fondation Furla en 2022. Les œuvres de la série sont nées de l'idée du terrain de jeu et de ses limitations. Elles se composent de deux parties à la fois formellement distinctes et interdépendantes, en aluminium vernis et en marbre de Carrare sculpté à Milan ; en aluminium et en bois de noyer sculpté à Paris. Comme dans la plupart des expositions de Nairy Baghramian, les sculptures sont accompagnées d'œuvres photographiques.
Les nouvelles sculptures sont directement inspirées des jeux d'assemblage destinés aux tout jeunes enfants, et leurs deux parties semblent à première vue pouvoir s'emboîter. Pourtant celles-ci sont en réalité inadaptées l'une à l'autre, cette discordance évoquant la déception, la frustration, le sentiment d'échec éprouvés par un enfant manipulant un jouet dysfonctionnel. Pour Nairy Baghramian, qu'il s'agisse des champs de la pédagogie, des constructions sociales et de la lecture des formes sculpturales, la conception du dysfonctionnel devrait être valorisée. Le temps qui mène à la supposée compréhension finale devrait être accepté, et non pas considéré uniquement comme un état transitoire en faveur de l'harmonie et du fonctionnel. Baghramian instille également un trait d'espièglerie caractéristique de son travail tout en faisant le lien avec la notion de misfits (ceux ou celles qui dans un contexte social donné ne s'adaptent pas et restent en marge). Le concept pourrait s'appliquer à sa pratique artistique dans son ensemble, ses œuvres n'étant jamais là où on les attend, se nichant volontiers dans les interstices, les recoins et les emplacements inédits.
L'artiste a conçu son exposition à la Galleria d'Arte Moderna à Milan en réponse au contexte inédit du musée. Les baies vitrées des espaces d'exposition donnent sur un jardin avec une aire de jeux dont l'accès n'est autorisé qu'aux enfants et aux seuls adultes qui les accompagnent. Cette condition d'admission insolite l'a poussée à imaginer une mise en scène ludique où ses sculptures prennent place non seulement à dans le musée mais aussi sur l'une des terrasses. Les sculptures en marbre sont placées à l'extérieur tandis que leurs pendants en aluminium vernis sont visibles à l'intérieur, accentuant une potentielle frustration liée au sentiment d'être exclus.
Cette publication, qui prolonge et développe le projet Misfits, comprend un essai inédit de Manuela Ammer et une conversation entre l'artiste et la commissaire Bruna Roccasalva.
Nairy Baghramian (née en 1971 à Isfahan, Iran, vit et travaille à Berlin) crée des sculptures, des œuvres photographiques et des dessins qui explorent les relations entre l'architecture, les objets quotidiens et le corps humain. Son œuvre confronte les idées préconçues de fonctionnalité, de décoration, d'abstraction, de domesticité et de féminisme. En se jouant des récits architecturaux des espaces d'art dans lesquels elle est invitée, Nairy Baghramian questionne le statut de la sculpture et son rôle dans la scénographie institutionnelle. Ses sculptures sont toujours volontairement référencées : du langage formel du minimalisme en passant par la juxtaposition surréaliste ou la décoration d'intérieur, elle se joue des rapports délicats qui se créent entre divers éléments que rien ne devrait associer.
Son travail a été présenté au sein de manifestations internationales comme la Documenta de Cassel, le Skulptur Projekt de Münster et la Biennale de Lyon. Des expositions monographiques lui ont été consacrées dans de nombreuses institutions majeures : Carré d'art, Nîmes (2022), Haus der Kunst, Munich (2022), Nasher Sculpture Center, Dallas (2022), Secession, Vienne (2021), MUDAM, Luxembourg (2019), Beaux-Arts de Paris (2018), Reina Sofia, Madrid (2018), Walker Art Museum, Mineapolis (2017), SMAK, Gand (2017), Museo Tamayo, Mexico (2015), Museo Serralves, Porto (2014), Art Institute of Chicago (2014), Serpentine Gallery, Londres (2010), Kunsthalle Basel (2006), etc. Ses œuvres font partie des plus grandes collections : MoMA (New York), San Francisco Museum of Modern Art, Solomon Guggenheim Collection (New York), Walker Art Center (Minneapolis), Tate Modern (Londres), Jumex (Mexico), Art Institute of Chicago...
Baghramian, qui a été nominée pour le Prix Hugo Boss 2020, a reçu le Malcolm-McLaren-Award avec Maria Hassabi (2019), le Zurich Art Prize (2016), le Prix Arnold-Bode, Cassel (2014), le Prix Hector, Kunsthalle Mannheim (2012) et le Prix Ernst Schering Foundation (2007).
Edité par Bruna Roccasalva.
Textes de Manuela Ammer, Nairy Baghramian, Bruna Roccasalva.

Conception graphique : Lorenzo Mason Studio.
 
paru en mai 2022
édition anglaise
21 x 24 cm (broché)
112 pages (ill.)
 
30.00
 
ISBN : 979-12-80579-30-0
EAN : 9791280579300
 
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