La rétrospective d'une période profondément prolifique et féconde du parcours d'Huguette Caland passée à Paris entre 1970 et 1987, au cours l'artiste libanaise, en donnant naissance à son érotisme joyeux et en s'affranchissant de tous les codes, se réinvente et réalise certains de ses plus grands chefs-d'œuvre.
Figure des Golden Sixties libanaises, Huguette Caland appartient à la même génération que Shafic Abboud, Etel Adnan, Simone Fattal ou encore Saloua Raouda Choucair. Son œuvre libre et protéiforme demeure pourtant peu visible en France, alors qu'elle y a vécu, travaillé et exposé entre 1970 et 1987.
Ces années déterminantes et fécondes, où Caland réalise certains de ses plus grands chefs-d'œuvre, est le sujet de ce catalogue. Il met en lumière l'audace, la force, la malice et la beauté de l'aventure plastique de Caland en réunissant pour la première fois un ensemble exceptionnel de près de cinquante œuvres historiques, dont vingt-quatre peintures – parmi lesquelles des œuvres de la célèbre série des « Bribes de corps » des années 1970 – ainsi que dix-neuf œuvres sur papier et deux kaftans – l'un né de sa collaboration avec le couturier Pierre Cardin.
C'est à la redécouverte d'une œuvre profondément actuelle, libre, ambiguë et joyeuse, comme un trait d'union entre l'art et la vie, qu'invite cet ouvrage, qui réunit certains des plus grands spécialistes comme Hannah Feldman, Keith L. and Katherine Sachs Associate Professor of Contemporary Art à la University of Pennsylvania de Philadelphie (USA) et Sam Bardaouil, directeur de la Hamburger Bahnhof à Berlin ainsi que Brigitte Caland, responsable du catalogue raisonné de sa mère et de ses archives, mais également des recherches inédites sur ces années parisiennes.
Publié à l'occasion de l'exposition éponyme à la galerie Mennour, Paris, du 14 novembre 2024 au 25 janvier 2025.
Huguette Caland (1931-2019) est une artiste libanaise considérée, avec Shafic Abboud, Etel Adnan, Yvette Achkar et Helen Khal, comme l'une des principales figures de l'art contemporain libanais.
Née à Beyrouth, fille unique du premier président du Liban après l'indépendance, Bechara El Khoury, Huguette Caland a observé le développement de la scène créative et culturelle libanaise, alors que Beyrouth devenait un joyau métaphorique et le siège de nombreuses mythologies. Après la mort de son père, mariée au Français Paul Caland et mère de trois enfants, elle peint son premier tableau en 1964 et s'inscrit de manière informelle à des cours d'art et de design à l'Université américaine de Beyrouth (AUB). Au cours de cette période de formation, elle noue une amitié à vie avec la brillante artiste, éducatrice, galeriste et auteure Helen Khal, l'une des nombreuses amitiés notables de sa carrière. En 1970, Caland quitte Beyrouth pour Paris, où elle entame l'une de ses plus célèbres collaborations avec le couturier Pierre Cardin, qui l'invite à dessiner une série de robes et de caftans. Après s'être réinstallée à Venice, en Californie, elle devient en 1987 une doyenne de la scène artistique de Los Angeles, accueillant régulièrement chez elle des artistes comme Larry Bell, Chris Burden et l'un de ses camarades les plus chers, Ed Moses.
Pour Caland, le corps est un élément obsessionnel constant et un objet d'investigation centrifuge. Ses compositions érotiques sur papier, ses collages expressifs, ses autoportraits et ses célèbres peintures « Bribes de corps » manifestent l'image composite d'un corps en perpétuel mouvement, qui refuse d'être contenu par la logique ou l'idéologie, un moi qui n'est pas prescrit par les autres mais qui est au contraire ouvert à toutes les possibilités de la vie, aux individus et aux interprétations.