Une longue conversation autour de l'œuvre et de la vie de l'artiste portugaise Ana Jotta, accompagnée de 60 photographies inédites de ses maisons (au Brésil, au Maroc, à Zanzibar) et de ses années de théâtre à la fin des années 1970.
Peau d'Ana est une conversation avec Ana Jotta réalisée par Alice Dusapin, Martin Laborde et Baptiste Pinteaux en janvier 2024, dans l'appartement lisboète qu'Ana Jotta occupe depuis plus de quarante ans. À travers l'histoire de ce lieu unique et celles des différentes maisons où elle vécut – à Tanger, Madère, au Brésil et dans la campagne portugaise – Ana Jotta nous laisse avec malice et par rebonds revisiter des morceaux de son existence. Elle y évoque son enfance, son travail d'actrice et de scénographe, ses premières expositions au milieu des années 1980, et sa vie d'atelier. Il y est question de l'importance du plaisir et de la frustration, de son amour pour la peinture et la littérature, du rôle que l'irrationnel joue dans son travail, de sa haine des familles, de ses amitiés avec artistes et autres animaux, de beaucoup de détours nécessaires pour garder une énergie en réserve, essentiel pour travailler… et dormir. Elle désarçonne par la précision de ses mots qui décrivent une existence solitaire, exigeante et profondément vivante où la médiocrité n'a rien à y faire. L'entretien, publié en français et en anglais, est accompagné d'une soixantaine de photographies et document inédits.
Ana Jotta (née en 1946 à Lisbonne) déploie l'une des œuvres les plus singulières de la scène artistique portugaise et européenne actuelle. Après des études à l'école des Beaux-Arts de Lisbonne (1965-1968) et à l'école d'Architecture et d'Arts Visuels de l'Abbaye de la Cambre à Bruxelles (1969-1973), elle embrasse dans les années 1970 une carrière d'actrice et de scénographe (théâtre, cinéma) avant de se consacrer aux arts visuels à partir des années 1980. Collectionneuse et « glaneuse » s'appropriant et redonnant vie aux objets, images, écrits et inventions des autres, qu'ils soient artistes ou simples faiseurs, elle remet en jeu les notions de style, de discipline et d'originalité dans une pratique foncièrement libre et protéiforme, attentive au langage et aux correspondances. Sa pratique explore tous les médiums artistiques : peinture, sculpture, installation, son, photographie, mais également des techniques associées aux arts dits mineurs (couture, broderie, poterie). Extrêmement variée, son œuvre s'affranchit de tout style proprement identifiable, récusant la notion même de signature. Sa démarche réconcilie une ambition démesurée – l'adéquation entre l'art et la vie, la volonté d'embrasser sans hiérarchie toutes les formes d'expression artistique – et une humilité permanente – celle de la glaneuse redonnant vie aux objets, images et inventions des autres, qu'ils soient célèbres ou inconnus, qu'elle les collecte dans les livres ou au marché aux puces.
Depuis les années 1980, le travail d'Ana Jotta a fait l'objet d'expositions personnelles dans de nombreuses institutions prestigieuses en Europe et aux états-Unis telles que WIELS à Bruxelles, Belgique (2024-2025) ; Kunsthalle Zurich, Suisse (2024) ; CCA Wattis Institute for Contemporary Arts à San Francisco, états-Unis (2023) ; Festival d'Automne à Paris, France (2022) ; Le Crédac à Ivry-sur-Seine, France (2016) ; établissement d'en face à Bruxelles (2016). Au Portugal, elle a également exposé son travail régulièrement, notamment au Museu de Serralves à Porto (2022 et 2005), à la Casa São Roque - Centro de Arte à Porto (2019), à Culturgest Porto (2016) et à Culturgest Lisbonne (2014 et 2009).