les presses du réel

Vis-à-vis d'une toile « non-touchée »

extrait
p. 11


L'espoir de créer une oeuvre extraordinaire accompagne tout peintre face à une toile « non-touchée », une toile encore blanche. Il se souvient évidemment de toutes ses bravoures le menant à une peinture qui lui plaît, comme on se délecte de bonnes recettes de cuisine. Ainsi, sans grande difficulté, il entame son oeuvre suivante.
Pour d'autres, plus rebelles, pour ces orgueilleux indomptables, ce vis-à-vis est une confrontation faisant appel à tous leurs espoirs ; elle est la menace d'un nouveau fiasco dans ce dialogue qu'ils ont immodestement voulu entamer avec une grande histoire. Et malgré cette conscience, ou justement à cause d'elle, ils continuent leur conquête acharnée comme celle de Don Juan. Un exemple emblématique d'un tel comportement dans les arts est celui de Luigi Fontana avec son idée de trouer et « limer » les toiles.
Il en est d'autres encore, moins instinctifs, mais très exigeants et totalement non-conformistes (envers eux-mêmes comme envers l'art) ; ces maximalistes se trouvant toujours quelque part a mi-chemin entre la vie et la mort préfèrent retourner à l'idée des iconoclastes. Non pour des raisons théologiques, mais pour des raisons artistiques qui dérivent de concepts, désormais ceux de l'art contemporain, encore plus embrouillés et qui semblent être plus absurdes que ceux des théologiens.
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