La Taverne des Révoltés est un bistrot situé à la pointe
la plus occidentale d'Aubervilliers, alors quartier espagnol
de la cité. Nous sommes au cœur des années 1950, Guy
Debord et ses compagnons, à l'époque les
Lettristes,
en font leur quartier général. On y boit, on y cause, on
discute et on élabore, loin de Paris et du quartier latin, au
contact de la réalité ouvrière du moment, les bases de ce
qui deviendra une notion clef de la théorie
situationniste,
à savoir la psychogéographie. Le réel se domestique en
le parcourant. Et ce parcours obéit aux règles de ce qu'ils
nomment
la dérive.
Anne-Marie Morice, nous présente ici un travail
de recherche basé sur des témoignages (dont celui de
Michèle Bernstein) et sur la documentation finalement
peu connue et peu « investiguée » des expérimentations
autour de la dérive. On y découvre les relations complexes
entre ces jeunes gens de l'époque qui finiront par produire
un matériel théorique, central à la compréhension de ce
qui deviendra d'un côté
La Société du Spectacle avec les
élaborations théoriques de
L'Internationale Situationniste et de l'autre, qui trouvera sa matérialité dans la poussée
révolutionnaire de 1968. Ce livre est à ce titre une pièce
à intégrer au
corpus des textes visant à la compréhension de notre présent.
Anne-Marie Morice est critique d'art, commissaire d'exposition et essayiste. Elle a notamment fondé les revues d'art contemporain en ligne Synesthésie et Transverse.