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Géopolitique de l’oubli
Daphné Le Sergent [tous les titres]
Jeu de Paume [tous les titres]
Daphné Le Sergent Géopolitique de l’oubli
Conception graphique : Jérémy Glâtre.

Coédité par le Jeu de Paume, Paris, et le CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux.
paru en juin 2018
édition bilingue (français / anglais)
15 x 21 cm (broché, reliure à spirale)
64 pages (ill. coul.)
14.00 €
ISBN : 978-2-87721-241-0
EAN : 9782877212410
en stock
 
Plasticienne et théoricienne, Daphné Le Sergent est une artiste qui questionne notre rapport aux frontières et aux mythologies. Prenant la forme d'un manuel de photographie-dessin, augmenté d'un entretien avec le scientifique Jacques Malou, directeur d'un laboratoire de recherches sur l'eye tracking – ou tracé oculaire –, l'ouvrage Géopolitique de l'oubli accompagne, dans le cadre du programme « Satellite » organisé par le Jeu de Paume et le CAPC, l'exposition de Daphné Le Sergent axée sur le langage technique.
Le langage technique constitue le groupe C du vocabulaire du novlangue. Celui-ci se construit sur la déperdition, la simplification syntaxique et l'assujettissement des masses. L'artiste mène une recherche autour de la notion de séparation ou schize, se référant tant à la frontière géopolitique qu'à une disjonction intérieure. Le catalogue propose une réflexion sur l'écriture par l'image qu'occasionne la prolifération d'informations et de signes produits par Internet et la langue digitale (arborescences, cloud, déluge informationnel, etc.), s'intéressant ainsi à l'autorité qu'exercent ces écritures sur nos comportements. Ce nouveau langage est élaboré sur l'association, le signe ou la stylisation. Interrogeant de quelle manière cette surcharge d'information nous morcelle, le projet dans son ensemble envisage le terme « géopolitique » de manière intérieure.
Publié à l'occasion de l'exposition éponyme au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux, du 17 mai au 30 septembre 2018 et au Jeu de Paume, Paris, du 5 juin au 23 septembre 2018.

Initiée en 2007, la programmation Satellite du Jeu de Paume est dédiée à la création contemporaine. Depuis 2015, le Jeu de Paume et le CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux organisent conjointement ce programme d'expositions, assuré dès sa création par des commissaires d'envergure internationale (Fabienne Fulchéri, María Inés Rodríguez, Elena Filipovic, Raimundas Malašauskas, Filipa Oliveira, Mathieu Copeland, Nataša Petrešin-Bachelez, Erin Gleeson et Heidi Ballet, Osei Bonsu).
Pour la 11e édition de cette programmation, le Jeu de Paume et le CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux renouvellent leur partenariat et s'associent à un nouveau partenaire, le Musée Amparo de Puebla, Mexique. Agnès Violeau, commissaire indépendante basée à Paris, est invitée à concevoir cette programmation, intitulée « NOVLANGUE_ ».
Cette édition 2018 se compose des propositions de Damir Očko, Daphné Le Sergent et Alejandro Cesarco, engageant la parole publique comme outil d'individuation. Les trois expositions viennent irriguer l'analyse critique d'un monde en contraction de pensée, offrant une hypothèse de réponse aux limites d'un discours formaté, équarri, dépouillé.
À l'ère du virage numérique et de sa capillarité, alors que même la parole publique, relayée par les médias, fait usage des réseaux comme d'une agora, la question d'une langue réduite, formatée, simplifiée refait surface. Cette mutation géopolitique n'est en effet pas sans évoquer un paysage langagier imaginé par la littérature en 1949. Le novlangue est la langue officielle d'Océania, région fictive inventée par George Orwell dans son roman dystopique 1984. Utilisée dans l'écriture même du récit, cette langue est définie par Wikipédia comme « un principe simple : plus on diminue le nombre de mots d'une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels réfléchir […], moins les gens sont capables de réfléchir et plus ils raisonnent à l'affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les […] sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision. »
Cette simplification lexicale et syntaxique de la langue rend difficile voire impossible toute pensée critique. Le paradigme du novlangue, réduit à son minimum, fonctionne alors comme un langage-écran construit sur l'affect, l'idéologie, la rhétorique, la régularité absolue. La langue est le point d'achoppement entre vérité et falsification.
Pointant une distance toujours plus courte entre l'information donnée et sa lecture, mais aussi la possibilité nouvelle de naviguer entre les mots et les signes, « NOVLANGUE_ » tente d'ouvrir une cosmogonie du langage, une fabrique de pensée, une forme de résistance par le champ de la langue et de l'exposition.
Née en 1975 à Séoul (Corée du Sud), Daphné Le Sergent vit et travaille à Paris. Issue d'une double culture, elle mène ses recherches autour des notions de schize et de déterritorialisation. Activant différents systèmes de montage et de démontage, de cut-up ou d'effacement, son travail interroge la construction de l'identité en proposant une analyse du paysage frontalier comme phénomène de perception, assimilable à un écran. Ce travail l'a conduite à réfléchir sur la question de l'agencement et du dispositif dans la création artistique contemporaine. Fragments de texte, dessins partitionnés, diptyques photographiques et séquences vidéo interrogent les lignes de subjectivités qui traversent l'image et agrègent les éléments les uns aux autres.