les presses du réel

Wishing Well

Gerald Petit - Wishing Well
L'exposition de l'exposition.
De manière universelle l'image photographique naît de l'"exposition" (à la lumière). Plus particulièrement, les images d'enfants de Cluny saisies par Gérald Petit relèvent d'une "exposition" (à l'urgence) : la prise de risque liée au fait d'avoir à photographier environ cent cinquante enfants en dix-huit heures sans copier la pratique du portraitiste de cour d'école.
On comprendra donc qu' "exposer" des images photographiques est, au-delà de l'évidence de ce qui est montré, une interrogation des limites. En l'occurrence, la réponse de Gérald Petit serait plutôt sans limite (héritière il est vrai du hors limites des propositions de l'avant-garde artistique des années soixante et suivantes) : la même image a pu figurer sur une bannière dans la rue (tirage numérique), à l'intérieur d'une devanture de magasin (tirage papier de tel ou tel format), dans les pages du journal local (reproduction dans le cadre d'un reportage sur l'opération), projetée sur un mur des Ecuries de Saint-Hugues, imprimée sur une page de catalogue...
La communauté, le flux des activités, l'expérimentation artistique et l'entreprise culturelle s'en sont mêlés tout naturellement : mieux qu'un souvenir (et plusieurs mémoires), le devenir est à l'oeuvre.
Xavier Douroux
110 photos coul. et n/b, et un CD audio (21 mn) contenant le voeu pour l'an 2000 de chacun des 135 enfants de la ville de Cluny.
« Bien avant que les images n'apparaissent, Gerald Petit travaille à subjectiver le réel pour préparer les conditions de leur cristallisation. Son outil de représentation privilégié est la rumeur. Dans l'intensité des heures et des jours où il la met en place, où il lui donne vie, réside la charge qu'il place dans ses images. Ce n'est jamais la même histoire – bien sûr. Et donc, jamais les mêmes mécanismes. Il y a des rumeurs publiques, à l'échelle d'une ville ou d'un territoire. Puis leur diffusion dans la réalité sociale par les flux médiatiques qui s'en saisissent. Il y a des rumeurs intimes, qui s'établissent dans la densité d'une relation avec un inconnu s'invitant dans le processus créatif, ou encore avec un modèle, qui se voit emmené dans un embranchement inattendu de sa vie, bien au-delà de la pose pour un portrait. Il y a des rumeurs extimes, qui créent dans le paysage un point de focalisation fictif qui va prendre force de vérité latente, et autour duquel vont pouvoir se retrouver ceux qui voudront bien l'intégrer dans leurs rêves ou leur mémoire (...).
La rumeur, c'est l'ombre d'un nuage. L'énigme de l'identité pourrait rassembler toutes les images produites par Gerald Petit. Quelque chose d'irréductible, propre à l'art, et qui traverse toute son histoire par le biais de mythes sans cesse reformulés : l'ambivalence de la représentation, par son caractère vériste et sa force d'illusion ; le fantasme absolu du dédoublement, de la projection dans un personnage qui n'est pas soi. Tous ses projets explorent cela : qui est la personne représentée ? quelle énigme porte-t-elle ? (...)
C'est ainsi que, dans leur diversité de modalités plastiques et conceptuelles, les régimes de représentation employés par Gerald Petit peuvent être qualifiés d'images rumorales. Il s'agit pour lui de créer une relation avec un individu, une communauté ou un territoire avec lequel il va développer un échange de feedbacks successifs qui vont lui apporter les ingrédients de ses images (...).
Dans le déploiement plastique de ses images rumorales, Gerald Petit a quelque affinité avec Prince et son excentricité, sa façon de croiser les genres. Instruites autant par l'histoire de l'art classique que par la culture musicale et visuelle contemporaine au sens élargi, ses images rumorales sont fondamentalement transgenres. Elles hybrident les régimes de représentation, associent design graphique et cinéma hollywoodien, peinture à l'huile et pop culture pour construire des images cristallisant la densité d'une relation, d'un instant de vie. »
Pascal Beausse

Né en 1973, Gerald Petit vit et travaille entre Dijon et Paris. Ses expositions personnelles incluent « L'entremise » à la Fondation Ricard à Paris (2013), « A conversation piece » à la MLIS à Villeurbanne (2011) et « Sexy Dancer » à La Salle de Bains à Lyon (2007), entre autres. Il a participé aux expositions « This&There » organisée par Claude Closky à la Fondation Ricard à Paris (2012), « Street Painting, la Peinture à la rue » pendant la Biennale de Belleville à Paris (2010), « 7 ans de réflexion » au Musée Nicéphore Niépce à Châlon-sur-Saône (2008), « Code Unknown » au Palais de Tokyo à Paris (2004) et « Snow Black » chez Yvon Lambert à New York (2005).
 
Edité par l'Office municipal de la Culture Cluny
Textes de P.F Bourcet, Xavier Douroux.
 
paru en 2000
édition française
17 x 24cm (relié)
48 pages
 
6.00
 
en stock


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