La première monographie de Gilles Barbier.
Cette monographie de Gilles Barbier n'adopte pas la construction thématique ni même chronologique qui généralement explorent les différents aspects d'une œuvre pour la simple raison qu'elle résiste aux structures classiques. « La démarche de Gilles Barbier s'y refuse, et son réseau de terriers creusés et arpentés par des vers peut être approché par n'importe quel bout. Je conçois que cela en déconcerte certains, formés à des méthodes de linéarités unifiantes »". En effet, Barbier utilise en les réinventant tous les supports pour créer une œuvre protéiforme, théâtrale ou intime selon les moments, mettant en valeur sa culture, sa pensée philosophique et artistique en démontrant l'unité et la continuité d'une œuvre rhizomique qui échappe à une conception linéaire du temps.
Avec un humour décapant, Gilles Barbier met en place un travail qu'il ne définit ni comme critique, ni comme « peinture du monde », ni comme problématique mais comme autant de fictions qui se répondent en échos.
Personne jusqu'ici ne s'était attaché à analyser l'essence même de cette œuvre qui demeure pour beaucoup énigmatique. Pierre Sterckx se livre à une véritable enquête et démontre que les signes rencontrés dans l'œuvre de Barbier – pictogrammes, écritures, mots, clones, couleurs, dessin à la réserve, prouesses techniques... – constituant à première vue un tout multiforme voire hétéroclite, s'ordonnent en fait en un véritable langage dont la forme souvent classique se mélange aux fragments allusifs d'une vaste culture de notre temps. Des pages de dictionnaires, aux clones, à la Grande Maquette ou encore aux dessins noirs, l'œuvre de Barbier articule profondément le langage et la mémoire au désir, en ce lieu où peindre, dessiner, sculpter, écrire sont une même chose.
Pierre Sterckx (1936-2015) est l'auteur de nombreux livres dont, aux éditions La Lettre Volée, Le devenir-cochon de Wim Delvoye. Critique d'art, il collabora à plusieurs revues dont Beaux-Arts magazine.
L'œuvre complexe de Gilles Barbier (né en 1967 au Vanuatu, vit et travaille à Marseille) s'articule autour des principes du doute, de l'ambivalence et de la multiplicité des significations. Explorant les cheminements de la raison et les chevauchements d'idées, son travail sculptural et pictural privilégie le fragment et la multiplicité à la somme. Il
procède par déconstruction / reconstruction,
se développe en suivant différentes stratégies narratives pour constituer une invraisemblable cosmogonie qui s'inscrit pourtant dans le réel, nourrit de disciplines aussi diverses que l'esthétique, l'histoire, la psychanalyse, les arts plastiques, la philosophie, les sciences, la bande dessinée, ou encore l'économie. Chaque exposition de Barbier propose une plongée dans des fictions qui, pour lui, contribuent à donner sens au réel. Les personnages, bulles de BD, messages « correcteurs de réalités » servent d'indicateurs pour cette lecture en profondeur.