Il y a quelques années, le prix Nobel de physique, Georges Charpak racontait qu'il visitait les musées d'ethnographie à la recherche de céramiques et autres terres cuites… afin de les écouter. Le plus sérieusement du monde, le prix Nobel pensait qu'à l'instar du disque de cire qui servit à Thomas Alva Edison à « capturer » la parole, les sillons tracés dans les céramiques anciennes auraient également enregistré les voix de leur époque. En s'emparant des techniques primitives d'enregistrement sonore en gravure directe comme le phonographe d'Edison, en 1877, qu'en 1992, Charpak s'appuya sur cette technique pour imaginer des « sons fossiles » gravés sur les poteries. Restait à inventer l'appareil qui permettrait de les faire parler.
Les objets sont-ils vivants, disposent-ils d'une âme, ou sont-ils doués de parole ? Et le cas échéant qu'ont-ils à dire ; parlent-ils en leur propre nom ou à la place d'autres ? À quelles raisons s'emploie donc celui qui veut faire parler les choses, comment et par quelles subtiles modifications un objet au départ banal peut-il se transformer en une entité ?
Historienne et théoricienne du
design, professeure ordinaire en histoire et théorie de l'art et du design à la
HEAD–Genève/HES-S, Alexandra Midal associe une pratique d'artiste et de commissaire d'exposition indépendante à une recherche en culture visuelle qu'elle traduit dans des œuvres, des expositions, des livres et des films. Elle a publié de nombreux ouvrages (
La Manufacture du meurtre ; Antidesign, petite histoire de la capsule d'habitation en images ;
Design, l'anthologie ;
Introduction à l'histoire du design ;
Matali Crasset…), dirigé de nombreux catalogues et publié des essais dans des revues et catalogues internationaux (MoMA, MOCA, Centre Pompidou, Walker Art Center, etc.). Commissaire d'exposition indépendante pour des musées MAMVP, MAMC, MUDAM, Wolfsonian Museum,
MUDAC, etc., Midal a été directrice de la Biennale de design de Ljubljana BIO28, du FRAC Haute-Normandie, assistante de
Dan Graham, responsable de la Design Project Room de la HEAD–Genève, où elle a organisé de nombreuses expositions :
Carlo Mollino ;
Marguerite Humeau ; Auger-Loizeau ; Superstudio ; Noam Toran, etc. En collaboration avec des artistes, des chercheurs et des commissaires d'exposition, Alexandra Midal explore de nouveaux formats de la pensée intitulés
Abecedarium et, depuis 2009, elle développe une perspective critique de l'histoire des idées via des films de théorie visuelle.
Alexandra Midal dirige la collection
Bizarre aux Presses du réel.