Un décryptage des procédés par lesquels certaines formes populaires de la modernité apparemment anodines sont mises au service du fascisme, à travers le cas de la danse synchronisée, investie par la symbolique de la domination nazie.
En 1890, à Manchester, John Tiller met en faillite l'usine de coton familiale qu'il dirigeait avec son oncle. Il met à profit ce soudain désœuvrement au profit de sa fascination pour la danse de cabarets. Revisitant les principes, la cadence et la précision des chaînes de montage de l'usine, Tiller les applique à l'art du spectacle et crée une troupe de jeunes danseuses : les Tiller Girls.
Pendant la République de Weimar, chaque soir à Berlin, 11 spectacles de danse synchronisée prennent place : icones de l'Amerikanismus, symboles de la standardisation ou encore incarnation de la Gleichschaltung ou mise au pas des artistes, Fascisme subliminal examine de quelle manière une forme identique procède de stratégies de manipulation des formes différentes, une pratique dans laquelle ont excellé les nazis. L'ouvrage interroge le phénomène implicite du remplacement pernicieux de symboles par d'autres en opérant un gros plan sur une tactique moins connue du national-socialisme. Cette approche repose sur l'hypothèse que des formes, parce qu'elles sont populaires, se soumettent à d'autres procédés de destruction que celui utilisé contre l'art moderne, l'architecture ou la littérature. Ici, les formes semblent intactes, et pourtant elles ont été détournées pour accueillir des signes de domination nazie. Cet effet de palimpseste prend un tour prodigieux avec la danse synchronisée, qui ne cesse d'être revisitée et investie de charges contradictoires, notamment entre 1920 et 1944.
Historienne et théoricienne du
design, professeure ordinaire en histoire et théorie de l'art et du design à la
HEAD–Genève/HES-S, Alexandra Midal associe une pratique d'artiste et de commissaire d'exposition indépendante à une recherche en culture visuelle qu'elle traduit dans des œuvres, des expositions, des livres et des films. Elle a publié de nombreux ouvrages (
La Manufacture du meurtre ; Antidesign, petite histoire de la capsule d'habitation en images ;
Design, l'anthologie ;
Introduction à l'histoire du design ;
Matali Crasset…), dirigé de nombreux catalogues et publié des essais dans des revues et catalogues internationaux (MoMA, MOCA, Centre Pompidou, Walker Art Center, etc.). Commissaire d'exposition indépendante pour des musées MAMVP, MAMC, MUDAM, Wolfsonian Museum,
MUDAC, etc., Midal a été directrice de la Biennale de design de Ljubljana BIO28, du FRAC Haute-Normandie, assistante de
Dan Graham, responsable de la Design Project Room de la HEAD–Genève, où elle a organisé de nombreuses expositions :
Carlo Mollino ;
Marguerite Humeau ; Auger-Loizeau ; Superstudio ; Noam Toran, etc. En collaboration avec des artistes, des chercheurs et des commissaires d'exposition, Alexandra Midal explore de nouveaux formats de la pensée intitulés
Abecedarium et, depuis 2009, elle développe une perspective critique de l'histoire des idées via des films de théorie visuelle.
Alexandra Midal dirige la collection
Bizarre aux Presses du réel.