Reformuler une autre histoire de l'art à partir de gros-plans sur des personnalités, idées et projets irrespectueux et immoraux est le parti-pris de la collection
Bizarre (dont le titre fait un clin d'œil à la revue irrespectueuse du même nom, fondée par Michel Laclos et éditée à l'origine par Eric Losfeld avant d'être reprise par Jean-Jacques Pauvert et qui rassembla 48 numéros entre 1953 et 1968).
Bizarre fait l'éloge de la « petite forme » revendiquée par
Siegfried Kracauer, en tissant des liens féconds et inattendus entre la culture populaire et le savoir, et qui s'épanouit traditionnellement en feuilletons.
Présentant une étonnante galerie de portrait longtemps arrimés à la marge de l'histoire de l'art, et se plaçant du côté de la défaite et privilégie le point de vue des vaincus,
Bizarre vise à revitaliser la complexité, et les oppositions qui jalonnent l'histoire de l'art. Poser un tel horizon relance le travail de l'interprétation, et la place de l'historien comme celui qui revisite l'histoire en tant qu'ami des ignorés et des humiliés par la mémoire collective, leur offrant une « marge d'accueil ». Un tel déplacement répond à l'idée que l'historien est un faiseur d'histoire. En reprenant le concept d'écart cher à Michel de Certeau,
Bizarre fait ce pas de côté vers des territoires oubliés et ouvre un point de vue personnel et inédit. Ces mouvements reconfigurent l'ordre des éléments ; s'attachent aux détails, et aux états de non élucidation, et nuancent le tableau d'ensemble qui compose la grande histoire de l'art.