Arnulf Rainer (1929-2025) pratiquait « la
peinture afin de quitter la peinture ». Venu des horizons du
surréalisme, de l'
informel, voire de l'
art brut, il a développé un art du
recouvrement d'œuvres préexistantes
.
Sur des autoportraits photographiques bouffons et tragiques, sur des reproductions de masques mortuaires, résidus de l'expressivité humaine des grands esprits (Goethe, par exemple), sur des images appartenant à l'histoire du dessin et de la peinture (Goya, Leonardo, Van Gogh) et des estampes (
Henri Michaux), sur des toiles signées de grands noms (Miró,
Sam Francis,
Vasarely), sur des croix ou des structures cruciformes (moules primordiaux en Occident de l'œuvre figurative), l'artiste autrichien opérait à l'huile, au pastel à la cire, au crayon graphite, quand ce n'était pas tout simplement la pointe sèche qui balayait, labourait et chargeait à vif la plaque chalcographique.
Habité par un sentiment exacerbé de la corporalité (la sienne propre et celle des autres), « exposé au flot des visages, à l'instar de Louis Soutter », fasciné par les mimiques et les grimaces, le geste artistique d'Arnulf Rainer, accompli dans un flot de paroles excessives que nous ne pouvons qu'imaginer, a accompagné ou traduit la colère et la fureur qui l'habitait contre le monde et soi-même.
Ces interventions, que subsume commodément le terme allemand d'
Übermalungen, renvoient tant aux matières colorées splendides ou en souffrance et au graphisme fiévreux qu'à ce qui agit intensément sous la surface apparente ou dans les sous-couches où gisent les significations que produisent lentement l'art et ses regardeurs. Créer et détruire, commenter et gauchir, cacher et révéler ne cessent ici de s'engendrer l'un l'autre.