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Dans l’ombre de l’Occident / Les Arabes peuvent-ils parler ?
Edward W. Saïd / Seloua Luste Boulbina [tous les titres]
BlackJack éditions [tous les titres] Pile ou face [tous les titres]
 Edward W. Saïd / Seloua Luste Boulbina Dans l’ombre de l’Occident / Les Arabes peuvent-ils parler ?
paru en novembre 2011
édition française
14,5 x 21 cm (broché)
224 pages
17.00 € 10.00 €
(offre spéciale)
ISBN : 978-2-91806-321-6
EAN : 9782918063216
en stock
 
Deux réflexions esthétiques et politiques singulières sur le rapport entre l'Occident et le Moyen-Orient (ou plus largement entre l'Occident et ses autres) à partir des figures de l'exil et de la double culture : trois entretiens inédits d'Edward W. Saïd, figure de proue des études postcoloniales / une déconstruction du regard européen ordinaire sur le monde arabe par Seloua Luste Boulbina.
Avec Yasser Arafat et Mahmoud Darwich, Edward W. Saïd est sans doute l'un des trois palestiniens les plus célèbre du XXe siècle. Bien que la plupart de ses textes soient traduits en français, la pensée de ce Palestinien de nationalité américaine, dont Tzvetan Todorov disait qu'il était l'un des intellectuels les plus influents du monde, est encore peu connue du public non académique francophone. À l'heure où éclatent les révolutions arabes, où les nationalismes s'affirment sans fard un peu partout en Europe, où la France est en proie aux polémiques sur « l'identité nationale », la pensée d'Edward Saïd s'impose dans toute sa puissance, son acuité politique, et permet de porter un regard critique sur l'actualité occidentale ; manière, en somme, de regarder sous le tapis d'un occidentalo-centrisme décadent.
Blackjack éditions publie ainsi Dans L'ombre de l'Occident, titre générique d'un recueil de trois entretiens, inédits en français (extraits du recueil Power, politics and culture, interviews with Edward W. Saïd, publié en 2004 par Bloomsbury) qui offrent une approche transversale de l'univers d'Edward Saïd et permettent de comprendre comment le statut d'exilé est intrinsèquement lié au développement de cette réflexion originale. Edward Saïd parle depuis l'exil, sa parole est « entre mondes ». Et c'est de cette position qu'il critique les systèmes de représentations, la manière dont l'Occident construit des images de l'Orient, du Moyen-Orient. Il discerne, par extension, la manière dont l'Occident construit son rapport à l'Autre. Ces constructions se révèlent radicalement politiques, directement dominatrices.
Edward Saïd montre ainsi comment la culture, dans son ensemble, est travaillée par les rapports de forces et d'instrumentalisation. Émanciper l'altérité au sein même des représentations, introduire la parole d'un Autre qui ne serait pas réductible ou manipulable, tel est sans doute l'enjeu majeur de l'œuvre de Saïd dont il est question dans ces entretiens.

« Pris entre “salamalecs” et “charabia”, les Arabes n'intéressent pas “le monde”. Les musulmans non plus. Si l'islam retient politiquement l'attention, le “monde arabe” est décor et paysage. » À travers ce texte au titre provocateur, Seloua Luste Boulbina, philosophe et politiste, ne se demande bien sûr pas si les Arabes sont, dans l'absolu, en capacité de parole, mais cherche des territoires où les paroles des Arabes peuvent trouver des résonances singulières dans une culture occidentale historiquement dominatrice. « Les frontières coloniales, écrit-elle encore, ne sont pas géographiques, elles sont avant tout humaines. »
Dès lors, les « entre-mondes », concept forgé par Edward Saïd, ces lieux de l'art et de la littérature, deviennent un fil conducteur pour dire les déplacements et les migrations qui permettent de construire un langage commun et d'instaurer une réelle esthétique de la parole. Dans Les Arabes peuvent-ils parler ?, Seloua Luste Boulbina engage des dialogues, met en écho des voix aussi diverses que celles de Frantz Fanon, Sigmund Freud, Joseph Conrad, Edward Saïd, Hannah Arendt, Henri Michaux, Mallarmé, Arjun Appaduraï, Jean Josh Rabearivelo, Victor Segalen, Jacques Derrida, Frantz Kafka, Yoko Ogawa, Theodor Adorno, René Descartes, Samuel Beckett, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Mahmoud Darwich, Sayed Kashua, Marcel Detienne, Amin Maalouf, Nietzsche, Joyce, Clément Rosset, Edgar Poe, Charles Baudelaire, Alexis de Tocqueville, Roland Barthes ou encore d'Ovide.
La diversité des figures de l'exil met alors en question anciennes divisions coloniales et stéréotypes contemporains. Ici, les Arabes sortent de l'ombre, trouvent place dans l'expérience commune. Les philosophes, écrivains, poètes, artistes, exilés dans leur propre langue, seraient-ils tous des Arabes se demandant en français s'ils peuvent parler ? Entre esthétique et politique, le texte de Seloua Luste Boulbina est comme une respiration, au style précis, organique : il nous invite à tendre l'oreille.
Théoricien littéraire, critique et intellectuel palestinien de citoyenneté américaine engagé, Edward W. Saïd (Jérusalem, 1935 - New York, 2003) a enseigné la littérature anglaise et la littérature comparée à Columbia (New York). Il est l'auteur de nombreux livres de critique littéraire et musicale, ainsi que sur le conflit israélo-palestinien. Il est devenu célèbre en 1978 en publiant L'Orientalisme, un texte qui fait de la notion d'Orient une création de l'Occident, ouvrant la voie aux analyses du discours colonial européen.

Seloua Luste Boulbina, philosophe et politiste franco-algérienne, est directrice de programme au Collège International de Philosophie et chercheuse à l'Université Paris-Diderot. Spécialiste des questions post-coloniales, elle a récemment publié Le Singe de Kafka et autre propos sur la colonie (Parangon, 2008). Ses analyses puisent aux arts et à la littérature comme à la philosophie et aux sciences sociales.

Voir aussi : Edward W. Saïd / Joe Scanlan.