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Observation – Le Consortium 1999-2017
Les presses du réel – domaine Art contemporain [tous les titres] – collection Catalogues & ouvrages collectifs [tous les titres]
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extrait
 
MOI JE TE VOIS
(p. 9-10)


Les 20 premières années nous avons appris, nous avons mis en place, nous avons regardé les choses sous tous les angles, de tous les points de vue : celui de l'artiste, celui de l'œuvre, celui de l'espace, celui du spectateur – nous, celui du politique, celui de l'histoire, celui du présent, celui du futur, celui du mort.
Nous avons compilé les expériences, nous nous sommes placés face au tableau pour une explication perceptive, nous nous sommes déterminés à raconter ces moments d'exceptions – Livre I : Compilation – une expérience de l'exposition 1977-1998 en témoigne.

Les 20 dernières années nous avons pris les mesures, celles du temps, celles du jour, celles du mur, celles du ciel, nous avons lancés les dés le plus loin possible, au-delà de nos zones de confort initiales – nous avons quitté le vieux monde pour tourner nos regards vers l'Est : nous y avons découvert la non-quiétude, mais la non-méfiance tout autant.
Vers l'Est, nous avons affronté les logiques non-latines des caractères idéogrammatiques, nous avons passé les portes de perceptions non-cartésiennes. Nous nous sommes dit : est-ce bien raisonnable ? sommes-nous encore dans la construction de l'homme de la Renaissance qui embrassait les plaines et les forêts denses, qui cultivait tous les talents physiques et spirituels, mais qui ignorait l'ubiquité, la télékinésie et l'organisation en rhizome.

Nous avons décidé et planifié nos actions en fonction de plans stratégiques – masterplan sophistiqué – nous nous sommes persuadés que l'heure de la conquête des territoires blancs était venue. Qu'il nous fallait reprendre ce tissu urbain si ravaudé et blanchi que sa trame se lisait en plein jour sans aucun secret.
Ces années ont été celles de l'inversement de la courbe des âges : nous étions devenus plus âgés que nos invités, plus vieux que les jeunes qui nous entouraient.
Ces années ont vu le 21e siècle nous cueillir timides et tremblants face aux soucoupes volantes qui n'arrivaient pas, face aux nourritures en pilules qui ne passaient pas la porte de l'armoire à pharmacie. L'an 2000, nous avons voulu l'accueillir au Carré rouge au fond du plateau de Langres, en toute solitude face au marais étale, là-devant le cube – blanc devant, rouge derrière.
Ces années-là ont été celles de l'abandon d'objets modernes chassés dans les poubelles de l'histoire : foin des machines à écrire, des fax, des disquettes, des projecteurs 35 mm, des Renault Fuego, des Neue Wilde, des neo geo, des appropriationists, de la picture generation, des YBA, des bad painters – quel gâchis.
Le nouveau millénaire a sonné le glas du polaroïd. Le passage à l'an 2000 n'a rien donné non plus. Luc Besson fait toujours des films et David Lynch aussi. Il est arrivé le moment de livrer sur le papier imprimé le Livre II : Observation –1998-2017.

Et 40 ans ont passé – célébrés en creux avec les frères de Pompidou, complices et compagnons d'autoroute – avec le temps, vient la maladie et le décès – (Xavier Douroux, 1956-2017, a été enseveli dans la terre de Bourgogne).
Après les bâtisseurs, vient le temps des décorateurs, vient le temps des peaufineurs, des enjoliveurs, des managers, des inventeurs en petit, des good guys, des gens bien.
Tout près, le seuil de Bourgogne, au-dessus de Sombernon et sa ligne de partage des eaux Ouest / Sud, remet les choses sur le métier : ici, nous sommes là, tout prêts à vous accueillir en toute amitié sur nos terres de collines secondaires.
Nous avons observé de longues minutes d'applaudissement au départ de Xavier : il le méritait.

L'observation est notre première nature bien avant l'analyse et le commentaire : nous avons vu beaucoup en 40 ans, le ciné-œil, l'œil bunuélien, celui de Bataille. Nous avons scruté, nous avons regardé par en-dessous, nous avons cillé, cligné, pour agacer les jeunes héroïnes de demain.
L'observation requiert un point de vue duquel le regard se portera sur l'alentour, une étendue de surface pittoresque qui deviendra un paysage.
Une géographie après l'histoire et avant la prédiction et la vision pour demain.

La direction
Dijon, 27 avril 2018
 
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