La dialectique

extrait
Prologue
Luiz Armando Bagolin
(p. 13-14)


Au cours de ces dernières années, dans le cadre de mes activités en tant que philosophe, professeur et, récemment, directeur de la bibliothèque Mário de Andrade, à São Paulo, l'une des plus importantes institutions culturelles brésiliennes, dont la mission première est de préserver la mémoire bibliographique des arts au Brésil, j'ai constaté une manière relativement semblable de traiter les essais sur les arts plastiques, surtout ceux qui, mettant en avant la vie de l'artiste et ses relations personnelles et sociales, cherchent les causes de sa production dans un contexte extérieur. Il n'en va pas de même pour l'essai écrit par l'historienne et critique d'art de renom Mayra Laudanna, chercheuse à l'université de São Paulo, à propos du parcours artistique de Maria Bonomi. Ici, le lecteur le constatera, c'est à partir des demandes internes des langages, de leurs spécificités matérielles et plastiques, de la nature de l'expression, ainsi que du besoin d'expression en tant que réaction politique à l'environnement dans lequel l'artiste s'insère, que le récit se construit. Plutôt que de se limiter à un exposé chronologique où les faits orientent les réalisations, sur la base de l'inventaire des expositions, des publications ou des événements d'où Maria Bonomi émerge comme l'une des représentantes majeures de l'art brésilien et international de la seconde moitié du xxe siècle, Laudanna nous démontre qu'il est possible de réaliser la chronique de l'itinéraire personnel et esthétique de l'artiste à partir d'une étude minutieuse des rapports qui concilient ses discours et ses pratiques. Il est primordial d'entrer sur le terrain ou d'être sur le terrain de l'artiste, ce que Laudanna réalise avec qualité et discernement, pour dévoiler les choix et les directions pris par l'œuvre de Maria Bonomi, laquelle se propose, à tout moment, de l'actualiser, autrement dit de la rendre nécessaire à elle-même et à autrui. Il s'agit d'essayer de lire l'œuvre d'une artiste complexe qui, ayant trouvé dans la gravure son moyen d'expression par excellence (Maria Bonomi a été disciple et amie de Livio Abramo, l'un des fondateurs de la gravure moderne au Brésil et en Amérique latine), a continué à étendre progressivement les techniques et les ressources avec lesquelles elle travaille, en orientant son art de l'intérieur de l'atelier ou de la salle d'exposition traditionnelle vers la rue et les espaces publics, où ses travaux peuvent être partagés par un public nombreux, composé essentiellement de gens ordinaires, non-initiés au monde de plus en plus spécialisé et restreint des arts visuels. Mayra Laudanna, éloignée des méthodologies détournées d'un apparat sociologique facile et disponible dans le milieu universitaire brésilien, choisit une narration châtiée, née de sa réflexion sur l'œuvre et la documentation de l'artiste, qui aide à la préciser.
Maria Bonomi est peut-être la seule artiste qui, ayant vécu et accompagné de près nombre d'avant-gardes artistiques de la seconde moitié des années 1950, ne s'est affiliée à aucune, ni aux abstractions, ni aux artistes pop, ni aux nouveaux réalismes. Elle est restée fidèle à la xylogravure et à la xylographie, qu'elle considère comme des dénominations de dédoublements variés de son attitude dans l'acte de graver sur bois en l'utilisant a posteriori sur d'autres matériaux synthétiques, des métaux, de l'argile, etc. À cet effet, Mayra Laudanna intervertit adroitement la direction de son analyse critique: au lieu d'expliquer elle n'explique pas l'œuvre à partir du contexte historique, social ou esthétique, elle l'interprète comme une réponse artistique qui est dialectiquement lié à ces contextes, qui jaillit à partir d'un point, cœur de sa manifestation expressive. L'œuvre de Maria Bonomi émerge de ce point, en se manifestant de façon parfois choquante, grandiloquente, pour y retourner à nouveau, afin de se ressourcer et de trouver de nouvelles significations. Ce retour, comme l'indique Mayra Laudanna, ne présume pas un geste introverti incitant l'artiste à la pratique de la gravure comme une technique tournée vers elle-même, a cappella. Maria Bonomi ne conçoit pas l'art comme une pratique intimiste, ni ne souhaite qu'il le soit. Sa gravure et ses installations tridimensionnelles impliquent une recherche, toujours fructueuse, pour repositionner continuellement son travail, soit sur le plan intérieur de son propre langage, soit par rapport aux événements quotidiens qui ont lieu dans son environnement, observés et commentés latéralement, pour ainsi dire, au cours des multiples phases d'exécution de son travail, avec la collaboration de ses assistants, d'amis et celle de sa compagne, Lena. Mayra Laudanna s'est intégrée dans cette équipe afin de partager avec nous, pour la première fois, l'art de Maria Bonomi de l'intérieur de son atelier ou, plus exactement, de la manière de penser la genèse de son œuvre autrement dit, de l'intérieur vers l'extérieur.


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