Night of Colours

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Préface
Bice Curiger


Les travaux présentés par Yan Pei-Ming sous le titre « Night of Colours » à l'occasion de cette exposition à la Fondation Vincent van Gogh Arles montrent clairement que l'artiste aborde ici une terra incognita. Ils sont également la preuve du défi particulier représenté par la figure mythique d'un Van Gogh pour un artiste du calibre de Yan Pei-Ming. C'est une grande joie et un privilège d'assister à la création de ce nouvel ensemble d'œuvres, d'en avoir été, d'une certaine manière, l'élément déclencheur.
Connu pour ses travaux tout en nuances de gris, l'artiste laisse la couleur se déployer sur ses nouvelles toiles avec une intensité encore jamais rencontrée – une couleur qui, pour ainsi dire, s'arrache à l'obscurité de la nuit à travers des motifs où se rejoignent très précisément l'actualité et l'universalité.
Sans vouloir user d'analogies banales, Yan Pei-Ming fait éclore une relation passionnante entre cette « Night of Colours » et Vincent van Gogh. L'obscur, les couleurs sombres dominent, à l'instar de celles qui marquèrent l'œuvre de jeunesse de Van Gogh – œuvre qui fit surgir, à Arles, une explosion de la couleur magnifiquement orchestrée, sans pourtant que l'artiste ne cesse de revenir aux thèmes nocturnes et à la pénombre.
Pour Ming, renoncer consciemment à la couleur a longtemps été la condition préalable à la peinture car, comme il le dit, « le lourd héritage de la peinture du passé, les ombres des grands maîtres étaient trop forts ».
Ce puissant élan vers la couleur s'associe aujourd'hui à de nouveaux thèmes et motifs, comme, par exemple, cette splendide image du prie-Dieu apparaissant telle une extension surprenante, astucieuse même, de la chaise van goghienne – symbole déjà profondément imprégné d'une puissance métaphysique.
Yan Pei-Ming prouve une fois de plus qu'il ne craint pas de peindre « directement, frontalement », avec ces images chargées d'une énergie dramatique, qui dépassent l'individu pour s'adresser à tous.
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Yan Pei-Ming, le démon intermédiaire
Franck Gautherot


Se mesurer aux titans dans des combats qui s'énoncent d'emblée en de tels clichés que seuls les migrants des nouveaux mondes tentent avec morgue et fierté, voilà un des chemins que s'est tracé le peintre Yan Pei-Ming.
Les images peintes ne sont pas si innocentes quand elles ne font pas semblant de s'en prendre à Bruce Lee, aux présidents Mao ou Obama.
Mais défier les peintures industrielles que sont La Joconde, Portrait d'Innocent X, La Chaise de Van Gogh, L'Exécution de Maximilien, El Tres de Mayo de 1808, Nuit étoilée, La Mort de Marat, n'est plus le grand chemin contemporain à l'agenda des peintres du troisième millénaire…
La (re)peinture de Yan Pei-Ming ne passe ni par les petits maîtres du rococo ni par les grands ancêtres du Fayoum. Elle prend l'évidence de front en s'affichant comme la réponse statistique aux questions suivantes : Quelle est la peinture la plus fameuse du monde ? (La Joconde)
Quel est le peintre maudit de tous les calendriers ou posters ? (Vincent van Gogh)
Quel est le tableau que tout le monde connaît de Goya, David, Van Gogh, Manet… ?
Le programme est écrit quand vient l'opportunité d'une exposition-déclencheur : ici l'invitation de la Fondation Vincent van Gogh Arles pour un événement estival. Le peintre se régale avant même de se tenir debout face au chevalet, ses larges brosses à la main.
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