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(SIC) n° 02
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Des articulations d'une énigme
Olivier Mignon
En 1983, Serge Daney publie La Rampe, une sélection d'articles écrits pour les Cahiers du cinéma entre 1970 et 1982. Il s'agit pour lui de revenir sur une décennie de théorie cinématographique, et repérer dans ce discours soumis aux exigences et à l'urgence de l'actualité, ce qui a tenu lieu du mouvement de fond ou de l'effet de surface. Un constat s'impose : la question du « corps » y occupe une place déterminante ; elle en est même le pivot. Observer l'émergence d'une telle notion, suivre son parcours sinueux, déterminer à quelles problématiques elle a pu répondre : tels sont les enjeux de cet article.

Le corps expérimental,
Influences du cinéma de Hong-Kong sur les recherches visuelles en France

Nicole Brenez
Rien de plus éloigné en apparence que le cinéma d'action de Hong Kong et le cinéma expérimental français contemporain. Pourtant, dans le champ du cinéma industriel, rien ne semble plus proche des recherches expérimentales que le cinéma d'action de Hong Kong. Pourquoi ? Voici notre hypothèse : le cinéma d'action de Hong Kong fournit au cinéma expérimental français un levier libérateur pour reconstruire le problème du mouvement – donc le problème qui structure l'existence même du cinéma.. Contre l'« anthropotechnie » occidentale, le recours aux pensées asiatiques, qu'elles soient scientifiques ou spirituelles, ouvre aux cinéastes d'autres voies pour travailler le mouvement en génal et le mouvement corporel en particulier. Nous décrivons trois aventures de cinéma informées par des modèles asiatiques (reconstitués bien sûr par l'imaginaire occidental), trois inventions de décrochage cinétique qui nous offrent un éventail de solutions à la représentation du mouvement, par trois cinéastes français appartenant à la même génération créative, contemporaine de la migration des films de Hong Kong depuis les salles de quartier jusqu'aux salles d'Art et d'Essai et aux Cinémathèques : Samouraï de Johanna Vaude ; Révélation (Chunguang Zhaxie) de Xavier Baert ; et Lighting, travail collectif sous la direction de Othello Vilgard.

Le corps en spectacle, mode d'emploi
(Sur le comédien et la notion de genre)

Dick Tomasovic
L'un des points d'articulation particulièrement remarquable entre la reconstitution du corps à l'écran et le dispositif du cinéma se situe peut-être dans l'établissement de la logique des genres. Plus qu'un simple chaînon du mécanisme, le genre, dans son idée de rassemblement d'éléments possiblement hétérogènes et disparates sous une bannière de caractères communs, dans son travail d'édification des œuvres en corpus, constitue, comme en une parabole, l'acte de réparation du corps fragmenté par le découpage. Le film fractionne, morcelle; le genre rassemble et raccommode. Le corps de l'acteur se trouve au cœur de ce processus et de cette dialectique complexe. A travers quelques études de cas, en passant, entre autres, par ces genres surcodés que sont le cinéma burlesque ou la pornographie, cet article tente de cerner le caractère transfilmique, spectaculaire, réflexif et proprement spéculaire de la génération des corps au cinéma.

Dans ma peau,
Stratégies sensorielles de l'image et de l'expérience cinématographiques contemporaines

Muriel Andrin
Se positionnant face aux miracles du cinéma numérique et virtuel apparus dans les années 1980, la réflexion de certains théoriciens du cinéma, telle l'américaine Vivian Sobchack, s'inscrit comme exemple emblématique d'une pensée qui fait volte-face et propose dans son discours critique la trace tangible de son propre corps, touché par la matière cinématographique - le spectateur comme sujet cinésthétique d'une expérience synesthésique. Prenant comme point de départ cette nouvelle vague critique, cet article propose de se pencher sur des œuvres filmiques contemporaines (celles, entre autres, de Claire Denis, Philippe Grandrieux ou encore Marina De Van) qui alimentent cette réflexion, ainsi que la façon dont elles ont mis en œuvre, au travers du scénario sensationnel et de la création d'images haptiques, le rapport synesthésique à l'image cinématographique. Plus précisément encore, cette étude analyse enfin les différentes formes et enjeux d'intervention de la peau ; de la représentation du sens tactile à ses mises en scène, on proposera ici une catégorisation encore à peaufiner - entre sensualité (comme dans le Lady Chatterley de Pascale Ferran), décharnement (Sunshine de Danny Boyle) et tannage (Taxidermia de Georgy Pälfy) - ainsi qu'une ouverture vers des exemples de détachements métafilmiques qui s'emparent déjà d'un cinéma en perpétuelle mutation.

Le corps sans gestes,
Propositions d'Eisenstein

Vincent Amiel
Eisenstein « construit », au fur et à mesure de ses films, des corps différents, aux particularités qui petit à petit prennent une ampleur étonnante. Alors que les premiers sont avant tout des corps fonctionnels, qui trouvent une unité par organicité (La Grève, Potemkine), rapidement ils deviennent porteurs de fragments non-signifiants, irradiants de forces sensibles qui dépassent de très loin le seul signe fontionnel. Dans La ligne générale, par exemple, ce sont des éclats de vie qui s'échangent de corps en corps, dépassant les unités et les individualités constituées. C'est ce qui fait du cinéma d'Eisenstein, aujourd'hui encore, une expérience neuve et singulière : que le corps, pourtant fragmenté, puisse garder des qualités qui ressortissent davantage de l'aura que de l'organique.

Arrière-plan de David Claerbout