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Les Cahiers de la 5e feuille n° 06-07 – 1er avril 2007
Julien Blaine [tous les titres]
Al Dante [tous les titres] Poésie & littérature [tous les titres]
Julien Blaine Les Cahiers de la 5e feuille 1er avril 2007
paru en décembre 2008
édition française
21 x 29 cm (broché)
160 pages
27.40 €
ISBN : 978-2-84761-994-2
EAN : 9782847619942
en stock
 
L'avant-dernier volume d'un chantier scientifico-poétique sur les origines de l'écriture. Julien Blaine croise ici les figures de chercheurs de la langue, Jean-Pierre Brisset, Jules Hermann, mais également et surtout Hans W. Bornefeld, dont un texte sur les glyphes cromagnonnais est inclus dans cette édition.
La poésie de Julien Blaine englobe de nombreux domaines du savoir (archéologie, esthétique, science des religions, physique, ethnologie)… pour créer une totalité esthétique captivante et révolutionnaire.
Il poursuit dans les Cahiers de la 5e feuille une enquête scientifico-poétique pour retrouver la trace, l'empreinte d'une langue originelle, une langue élémentaire qui remonterait aux racines du verbe, hors de toute révélation divine. Cette langue, partout présente et toujours dérobée, il en traque les signes jusque sur les murs des grottes les plus anciennes, celles des Aurignaciens. Observant, collectant et comparant, le poète retrouve partout le même signe originel – un ovale fendu, celui de la vulve, de la feuille, du poisson ou de l'œil : « Je reconnais les 5 ovales fendus, sources de toutes les écritures et de toutes les spiritualités. Et ce, à travers les vieilles langues (écrites et prononcées) explorées […] / retrouvées / […] traduites / […] abandonnées / […] considérées comme dessins, gravures, peintures, griffes, graphes, paraphes… »
Cette quête de signes soulève le problème de leur compréhension et de leur possible traduction. Dans ce double volume des Cahiers, Julien Blaine s'intéresse donc au travail de Jean-Pierre Brisset, qui, dans Les Origines humaines, fait remonter le langage humain aux cris de la grenouille ; aux recherches de Jules Hermann qui, lui, considère la langue malgache comme l'origine de toutes les langues humaines ; et, surtout, à Hans W. Bornefeld et son entreprise de traduction des glyphes cromagnonnais…
En donnant la parole à ceux qui, comme lui, s'efforcent de comprendre non seulement la langue, mais les conditions même d'existence de la langue, Julien Blaine ne s'absente pas de son livre, au contraire : il continue de l'écrire, inlassablement, en rassemblant toutes les formes d'écritures, qu'elles soient naturelles, inscrites aux murs des grottes, ou techniques, élaborées sur Internet ; qu'elles soient scientifiques, littéraires ou simplement délirantes. Toutes ces écritures, Julien Blaine les rassemble et les « retraite » dans son propre texte, qui dès lors ne devient pas recueil poétique, mais réservoir des possibles de la langue dans tous ses états.
Dès le début des années 1960, Julien Blaine (né en 1942, à Rognac, vit et travaille à Marseille) propose une poésie sémiotique qui, au-delà du mot et de la lettre, se construit à partir de signes de toutes natures. Forcément multiple, il se situe à la fois dans une lignée post-concrète (par son travail de multiplication des champs sémantiques, en faisant se côtoyer dans un même espace des signes – textuels, visuels, objectals – d'horizons différents) et post-fluxus (dans cette attitude d'une poésie comportementale, où est expérimentée à chaque instant la poésie comme partie intégrante du vécu). Mais avant tout, la poésie s'expérimente physiquement : elle est, d'évidence, performative. Ses performances sont nombreuses, qui parfois le mettent physiquement en péril (Chute, en 1983, où il se jette du haut des escaliers de la gare Saint-Charles à Marseille : violence de cette dégringolade incontrôlable, et la réception, brutale, au sol, quelques centaines de marches plus bas… puis Julien Blaine met son doigt sur la bouche et, sous l'œil d'une caméra complice cachée parmi les badauds médusés, murmure : « chuuuuut ! »). Mise en danger du corps, et mise en danger du poète, qui toujours oscille entre grotesque et tragique, dans une posture des plus fragile, car « le poète aujourd'hui est ridicule ». Performances, livres, affiches, disques, tract, mail-art, objets, films, revues, journaux… sa production est multiple, mêlant éphémère et durable, friable et solide. Pas un outil, un médium qui ne lui échappe. Mais rien qui ne soit achevé, arrêté. Car pour Julien Blaine la poésie est élémentaire, tout ce qu'il produit est fragment, indice d'un travail toujours en cours, document d'un chantier poétique à chaque instant renouvelé. Tous ces « résidus » doivent être lus en soi et en regard de ce qui nous entoure.

Voir aussi Julien Blaine, Bernard Heidsieck & Jean-Jacques Lebel.