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Cahiers Maurice Blanchot n° 05
Cahiers Maurice Blanchot [tous les numéros]
  Cahiers Maurice Blanchot
paru en janvier 2018
édition française
17 x 20 cm (broché)
144 pages (ill. n&b)
17.00 €
ISBN : 978-2-84066-992-0
EAN : 9782840669920
en stock
 
Dossier « Blanchot et le récit » ; série d'études consacrées à la photographie et aux relations entre Blanchot et Jean-Luc Nancy d'un côté, Philippe Jaccottet de l'autre ; nouvelle livraison de « L'Archive introuvable » ; poème de Michel Butor
« Peut-il y avoir un récit pur ? » À cette question, posée par Maurice Blanchot en 1954, celui-ci avait déjà cherché à répondre en écrivant, entre 1948 et 1953, un « triptyque » de récits : L'Arrêt de mort (1948), Au moment voulu (1951), Celui qui ne m'accompagnait pas (1953). De l'un à l'autre, la narration s'est vue progressivement allégée de « l'épaisseur romanesque » à l'intérieur de laquelle le récit s'est enfoui à l'époque moderne, et que les propres romans de Blanchot avaient alourdie parfois à outrance.
Toutefois, aller du roman au récit pour Blanchot, c'était moins épurer l'acte narratif que dégager pleinement ce qui rend cet acte imperfectible et de ce fait, interminable. Si narrer donne lieu à un mouvement que le roman ne maîtrisait pas et ne pouvait que subir, ce mouvement représente pour le récit un seul et unique événement, qu'il a pour tâche de rendre présent en le racontant. Tâche vouée à l'échec, mais qui se renouvelle sans cesse, et à laquelle le « pas de récit, plus jamais », proféré au tournant même qui rendait au récit ses pleins droits, ne met pas fin, la proclamant au contraire dans toute sa pérennité.
À ce genre impossible nous avons demandé à plusieurs auteurs déjà connus pour leurs travaux autour de la fiction de Blanchot de proposer une approche. Trois parmi eux ont été attirés par ce texte-charnière que demeure « Un récit ? » devenu La Folie du jour. Les autres ont élargi le champ de la recherche, l'ouvrant à d'autres textes et aux questions que le récit soulève, et allant parfois jusqu'à l'au-delà du récit qu'occupent des textes tels que Le Dernier homme (1957) et L'attente l'oubli (1962), fictions où leur auteur s'apprête à franchir le pas entre narration et pensée. Et cependant, rappel que le récit ne quitte jamais le domaine de l'image, c'est par la fiction qu'un de ces auteurs a décidé de se mesurer à l'exigence inépuisable du genre.
Ce numéro des Cahiers Maurice Blanchot comporte aussi une série d'études consacrées à la photographie et aux relations entre Blanchot et Jean-Luc Nancy d'un côté, Philippe Jaccottet de l'autre, ainsi qu'une nouvelle livraison de « L'Archive introuvable ». Il s'ouvre sur un poème du regretté Michel Butor, compagnon de route de Maurice Blanchot à deux moments décisifs de notre histoire : le projet d'une Revue internationale, Mai 68.
Danielle Cohen-Levinas
Michael Holland
Fondés par Monique Antelme, Danielle Cohen-Levinas et Michael Holland (comité scientifique : Geoffrey Bennington, Michel Deguy, Marguerite Derrida, Kevin Hart et Jean-Luc Nancy), les Cahiers Maurice Blanchot sont nés d'un unique et pressant souci : celui d'encourager et d'enrichir la lecture de ce grand écrivain du XXe siècle, mort en 2003, et qui, pour des raisons où se nouent quelques-uns des conflits et contradictions de ce siècle tout en fractures, demeure souvent mésestimé et d'un accès réputé difficile.
C'est que, à toutes les époques où elle s'est donnée à lire, on peut dire que l'écriture de Maurice Blanchot dérange, au point de s'attirer de la part de contemporains chez qui la bonne foi n'est pas toujours en évidence,  une réputation d'illisibilité ou d'inactualité. Qui plus est, résolument solitaire, en retrait par rapport à l'événement et refusant d'entrer dans le petit jeu de la notoriété, Blanchot semble avoir tout fait pendant sa vie pour qu'une œuvre déjà réfractaire aux catégories reçues, perde son profil avec le temps qui passe, tendant elle-même de plus en plus à passer inaperçue.
Sans chercher à ignorer ce qui dans cette œuvre la voue à la discrétion, mais nullement enclins à l'encenser purement pour ce qu'elle fut, les Cahiers Maurice Blanchot partent du principe que, par le dévouement à toute épreuve à la littérature qui l'informe, cette œuvre s'est introduite par effraction au cœur du temps qui passe comme cela même qui refuse de passer : une interrogation persistante dont la singulière actualité ne cesse d'interpeller notre époque dans chacun des domaines qui la définissent : politique, philosophie, éthique, culture.
Voir aussi Paul-Emmanuel Odin : L'absence de livre – Gary Hill et Maurice Blanchot ; Céline Guillot : Inventer un peuple qui manque : que peut la littérature pour la communauté ?Blanchot, Bataille, Char, Michaux, Nancy, Agamben.