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Fragile Flowers
Richard Hawkins [tous les titres]
Les presses du réel – domaine Écrits d'artistes [tous les titres] – collection Excentricités [tous les titres]
Richard Hawkins Fragile Flowers
paru en novembre 2013
édition anglaise
11,5 x 17,5 cm (broché)
128 pages
12.00 €
ISBN : 978-2-84066-662-2
EAN : 9782840666622
en stock
 
Le premier livre de fiction de l'artiste américain : huit nouvelles jubilatoires et décadentes.
« I made my way back up the ladders and rickety parapets to the second floor for a piss and coming through the ground floor found that my friend Truck had cast and curated the upstairs as ingeniously as he had the dungeon below. Everywhere dark-eyed incredibly handsome college-age youths with fresh haircuts and unshaved chins approached with ebullient grins to offer, with corny charming salutations and flirting flattering winks, any and every service: “Ya'll'd like a beer on the house mister?” “Who's a handsome guy like you doin' in a place like this?” “Gotta light mister? My butt's done gone out”. The rolled up sleeves of their cowboy shirts revealed Truck had also steered them away from the terrible faux-tribal tattoos that young fools these days always gravitate toward. Some pseudo-specialist in inkpen and sharpened paperclip tattoos had etched in each of them exquisite little screaming skull or potleaf designs or else inscribed them with sweet little phrases of desperation and disenfranchised heroics engineered to make mawkish old customers like me weep and salivate at the tragic thought of such handsome youth in such dreadful peril: “born to lose” “death before dishonor” “only god can judge me” … Every single one of them apparently well trained by some magician so that even at the slightest tip of a dollar and bag of chips they became not only willing and pliant but famished, starved for the quenching effects of a foreign tongue plunged deep down their parched and aching throats or, even in the harsh floodlight along the row of barstools and beer pegs, welcomed the warm intrusions of an old man's wettened fingers down the backs of their pants and into the bushy cracks of their twitching and plump young cock-hungry asses … »
Richard Hawkins (né 1961 à Mexia, Texas, vit et travaille à Los Angeles) développe dès le début des années 1990 une œuvre aussi complexe que sophistiquée, un univers homosexuel étrange fait de distorsions, de découpes, de dissections, de décapitations... et d'épiphanies picturales. Le collage, pratique héritée de la tradition du cut-up de Brion Gysin qui exploite avec violence les mythes échoués de la contre culture américaine, est pour Hawkins un espace du double, de l'expansion, de l'indécidable, du transitoire, de l'éphémère et de l'instable. Il est le fondement de  l'ensemble de son travail : peintures, sculptures, assemblages, livres et tumblr saturés d'images pornos vintages ou d'expositions virtuelles d'autres artistes. Toute l'œuvre de Hawkins est traversée par le point de vue d'un voyeur, cruiser, chasseur désirant, s'arrêtant sans distinction sur l'espace fantasmatique des mythologies anciennes et contemporaines, feuilletant les magazines d'art anciens avec autant de frénésie qu'il ne traque les garçons au coin d'une rue.
Sans jamais chercher à créer de liens entre ces différents récits, pratiques et médias, Richard Hawkins ne laisse subsister qu'une indulgence constante à l'égard de ses sujets, le simple plaisir de la fascination et de l'émerveillement. La beauté juvénile de Matt Dillon, l'ombre de Lautréamont et la gestuelle disloquée de l'inventeur du Butoh Tatsumi Hijikata sont traités avec autant de joie, de grâce et de vulgarité que ses autres obsessions : les représentations de la Grèce antique, la sculpture romaine, la littérature Décadente française du 19e siècle, le symbolisme de Gustave Moreau, l'histoire des Indiens d'Amérique, les zombies, les maisons hantées, les théories poststructuralistes ou encore le tourisme sexuel thaïlandais (...).
Il y a quelque chose du récit épique dans la démarche de Richard Hawkins, une volonté de renvoyer la platitude des conventions du pop-art américain à des dimensions héroïques, merveilleuses, morbides et exotiques. Une esthétique de l'horreur, de l'outrance, qui lui vient peut être de cette enfance dans le Texas ou Frankenstein, Dracula et les membres de la famille Adams étaient le seul moyen d'échapper à la banalité d'une vie qui ne reconnaissait pas la différence (...).
Ainsi s'élabore l'ensemble de sa pratique : ce qui débute par une fascination (pour l'art d'un autre, pour un modèle, pour l'esthétique gotho-érotique, pour les détritus culturels abandonnés) dérive dans les méandres à la fois sensuels et sombres de la culture, région où persiste les derniers éclats d'une célébrité, ou plutôt des lueurs dont les scintillements sont saisis comme autant de bijoux, à la fois ésotériques et brillants.
Célébré par la critique internationale à la Biennale du Whitney en 2012, son œuvre a fait l'objet de monographies importantes au Hammer Museum (Los Angeles, 2011), Art Institute of Chicago (2010) ou à DeAppel (Amsterdam, 2004).
Stéphanie Moisdon