flux RSS (nouvelles parutions)
 



English version
The Drawer – Vert n° 16
The Drawer [tous les numéros]
commander
imprimer envoyer un lien
retour au descriptif
 
extrait
 
Edito
Se mettre au vert


« A l'ouest d'Arkham les collines sont sauvages et il est des vallées dont les bois profonds n'ont jamais subi la hache. » La première phrase de La Couleur tombée du ciel d'H.P. Lovecraft est une parfaite introduction à celle qui compose ce seizième volume : la couleur verte. Lire ces mots c'est voir et sentir la nature, succomber à l'appel de la forêt. Après le blanc, The Drawer a donc choisi de se mettre au vert, littéralement. Une couleur d'actualité, printanière et politique, annonciatrice du meilleur et du pire, à venir. Dans la fiction lovecraftienne, le vert tourne au gris cendre. La nature est reléguée au rang de souvenir. Dans la réalité, on s'en approche. C'est le moment ou jamais de soumettre le vert à l'appréciation des artistes, d'interroger leur usage et leur rapport à cette couleur ambiguë, à ses symboles, à son avenir ; leur rapport à la nature, au paysage, à l'artifice - qu'ils soient ou non « éco-artistes », qu'ils utilisent ou non des matériaux naturels, qu'ils mettent ou non la nature au centre de leur travail. L'essentiel étant de rendre sensible le monde alentour, notre paysage contemporain.
Premier constat : dans ce volume, le vert est davantage celui des corps (dessinés par Marc Desgrandchamps, Vincent Gicquel, Natsuko Uchino), des ciels (peints par Karine Hoffman, Edouard Wolton, Janna Zhiri) et des billets (créés par Joseph Dadoune, Samuel Trenquier) que celui des arbres et des plantes, ici plutôt blancs (Junya Ishigami), noirs (Dora Maar, Gina Pane), noir et blanc (Lisa Oppenheim). Comme souvent, les artistes n'obéissent pas à la nature, ils la transcendent, c'est en partie à cela qu'on les reconnaît.
Deuxième remarque : le vert à la capacité certaine de diffuser une forme d'inquiétude sourde et de mélancolie. Celle d'un paradis perdu (Sara Anstis), de jungles vierges (Lucas Arruda), d'une liberté absolue (Joseph Dadoune), du temps révolu de l'insouciance (Paul Kindersley), ou pour le dire autrement : « My salad days, / When I was green in judgment, cold in blood... » (Antoine et Cléopâtre, William Shakespeare, 1606).
Troisième enseignement : le vert appelle la poésie, sans aucun doute. Truculente chez Janna Zhiri, en vers chez Vincent Gicquel, noire et solaire chez Dora Maar et Gina Pane. Vert, ver, vers… Vers où aller ? Vers le printemps (pour Natsuko Uchino), la lumière (pour Flora Moscovici), le plaisir simple d'un matcha latte en terrasse d'un café (pour Alexandre Benjamin Navet). Vers l'art évidemment, en compagnie de Flora, Mimosa, Rosilene, Gina, Dora, Marc et les autres.
 
[haut de page]