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Écrits complets – Volume 3 (1928-1938) – Ganymède, essai sur l’éthique homosexuelle masculine, Photogénie de l’impondérable et autres écrits
Jean Epstein [tous les titres]
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extrait
 
Note éditoriale
Joël Daire
(p. 9-10)


Le présent volume est composé des textes écrits par le cinéaste entre 1928 et le milieu des années 1930, à l'exclusion de ceux qui concernent la Bretagne que nous avons choisis de regrouper dans le volume suivant.
La période considérée est charnière tant pour l'histoire du cinéma (passage du muet au parlant) que pour la carrière cinématographique d'Epstein : après la réalisation de La Chute de la maison Usher, le dernier film qu'il produit avec sa propre entreprise de production (Les Films Jean Epstein), le cinéaste part pour la Bretagne où il va trouver un regain d'inspiration et engager une rupture esthétique nette avec ses réalisations précédentes. C'est à cette époque qu'il développe le concept de « film de nature », qu'illustreront ses différents poèmes cinégraphiques bretons (Finis Terrae, Mor-Vran, L'Or des mers).
Sur le plan de l'écriture, deux grands thèmes parcourent les articles d'Epstein à la fin des années 1920 : le ralenti de l'image, technique qu'il expérimente dans La Chute de la maison Usher, et le cinéma sonore, auquel il va bientôt devoir se confronter comme réalisateur. Par tempérament (eu égard sans doute à sa formation scientifique), Epstein est toujours ouvert aux innovations techniques dès lors qu'il y voit pour le cinéma la possibilité d'une plus grande autonomie esthétique. Le ralenti incarne pour lui l'une de ces possibilités, et vient en outre nourrir sa propre réflexion sur la spécificité du temps cinématographique. La question du son le passionne tout autant. Dès 1927, il avait envisagé de réaliser une adaptation cinématographique sonore d'un oratorio d'Alexandre Georges, projet auquel il renonça faute d'en avoir trouvé le financement. Epstein n'a donc aucune prévention de principe à l'égard du film sonore (contrairement à son ami Jean Tedesco par exemple, qui y voit un moyen pour le cinéma américain d'asseoir sa suprématie en Europe). Les réserves qu'Epstein exprime dans les textes qu'il consacre à cette question ne portent que sur l'usage qui en est fait, en France comme en Angleterre, dans les films réalisés entre 1928 et 1930. C'est aussi l'occasion pour lui de dresser un « bilan de fin du muet ».
À partir du début des années 1930, Jean Epstein pose, à travers plusieurs articles (« Un système graphique à 3 dimensions : le cinématographe » ; « Photogénie de l'impondérable » ; « Intelligence d'une machine »), les bases d'une philosophie du cinéma qui verra son épanouissement une dizaine d'années plus tard avec la publication de deux de ses plus importants ouvrages : L'Intelligence d'une machine et Le Cinéma du Diable (voir le volume V de cette édition).
Durant cette période, difficile pour lui sur le plan artistique comme sur le plan économique (il accepte de réaliser un certain nombre de films commerciaux qui seront presque tous voués à l'échec), Jean Epstein éprouve aussi le besoin de s'évader par l'écriture hors du champ cinématographique. Il écrit deux romans ayant pour cadre la Bretagne (voir volume IV de notre édition) et entreprend deux essais philosophiques sur la sexualité : Ganymède, essai sur l'éthique homosexuelle masculine et Amori et Dolori Sacrum, essai sur l'érotique doloriste (c'est-à-dire sadique et masochiste) dont il abandonnera finalement la rédaction après un travail de recherche assez avancé. Ganymède au contraire fut achevé, mais ne sera pas publié. Le manuscrit en était conservé dans le fonds Jean et Marie Epstein de La Cinémathèque française. Sa publication dans le présent volume constitue le premier des nombreux textes inédits de Jean Epstein que comporte l'édition des Écrits complets. Bien qu'Epstein ait envisagé d'utiliser un pseudonyme, celui d'Alfred Kléber, pour ses essais sur la sexualité, nous n'avons trouvé dans les archives de Jean et Marie Epstein aucun document attestant d'une quelconque démarche de l'auteur auprès de maisons d'édition pour faire publier Ganymède. Cependant, la forme particulièrement élaborée du tapuscrit ne laisse aucun doute sur l'intention de Jean Epstein de rendre public ce texte. Il comporte même l'annonce de la publication du second essai et de deux autres projets « en préparation » : La Jeunesse de Lambert (récit), et Lecture de 32 signes humains (essai sur le symbolisme et le fétichisme dentaire) dont nous n'avons pas trouvé trace dans les archives.
Dans leurs préface et introduction respectives, le cinéaste Lionel Soukaz et le chercheur Christophe Wall-Romana soulignent, chacun à sa manière, l'importance de Ganymède désormais révélé au public.
 
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