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François Morellet, ∞ NOENDNEON ∞ (p. 6)

J’ai souvent pensé que le tournant pris au XVe siècle par la peinture occidentale a été une regrettable erreur. A cette époque, est-ce pour se séparer des murs dont elle aurait été trop dépendante ? mais la peinture accepta progressivement de se laisser emprisonner dans “les tableaux”, ces rectangles standardisés dont le principal mérite a été d’être commercialisable, et l’immense défaut de se trouver isolés du mur et de la vie par la barrière infranchissable et prétentieuse des cadres. Pendant des siècles elle restera là, prisonnière, condamnée à glorifier les puissants, sanctifier les saints et donner une sépulture aux natures mortes.
A la fin du XIXe siècle un premier vent de fronde fait trembler les vieux cadres. Degas, Caillebotte, Toulouse-Lautrec, révèlent au grand jour comment les bords des tableaux peuvent mutiler les sujets quand ceux-ci essayent d’échapper à la composition traditionnelle. Seurat, lui, va encore plus loin, il ridiculise les cadres en les peignant en partie comme si les murailles de la prison étaient déjà abattues (les historiens de l’art, qui savent être impitoyables, exigeront en représailles, que la partie non peinte des cadres soit cruellement coupée sur toutes les reproductions). Mais, bientôt tout va changer, même le siècle, et voilà qu’apparaissent ce que bien plus tard on appelera les “all over” ces répartitions uniformes qui annulent toute composition et rendent ainsi arbitraires les limites du tableau et criminels leurs cadres. Bien avant Pollock pour qui le mot a été crée, on trouve des “all-over” entre autres chez Monet, Delaunay, Mondrian, Van Doesburg, Klee, Rodchenko, Strzeminski, Miro, Balla, etc.
Les murs à la même époque et en signe de bienvenue, se débarrassent progressivement de leurs tentures et de leurs papiers peints pour devenir neutres et blancs comme une toile d’artiste. Ainsi, aujourd’hui, si elle le veut, la peinture put s’éclater en all-over, fragmentations et autres “installations”.
Mais qu’en est-il de la sculpture ? A-t-elle pu, aussi, s’épanouir en all-over ou plutôt en all-around ? On aurait pu croire qu’en perdant son socle et en adoptant une structure régulière, répétitive, elle puisse suggérer une expansion dans l’espace comparable à celle réalisée par le tableau dans le plan du mur.
Il n’en est rien, j’en ai fait moi-même l’expérience dans les années 60.
Le tableau “all-over” avait profité pour son extension de la complicité du mur, la structure candidate au “all-around” va, elle, s’attaquer à un espace sans complaisance, bien trop occupé par ailleurs, pour se laisser envahir par le premier venu.
Inutile donc de s’attendre à ce qu’un morceau de structure prolifère de lui-même dans un espace quelconque. Mais, si l’on prend un certain nombre de précautions le miracle peut arriver. Il est d’abord prudent au début de ne pas s’attaquer directement “au plein air”, mais plutôt à un espace bien clos et vide. Il faudra ensuite ensemencer cet espace, à intervalles réguliers, avec des fragments d’une structure.
Alors, si l’espace et les spectateurs sont bien choisis, la structure va proliférer d’abord dans l’espace aménagé et puis inéxorablement dans tout l’univers.
C’est, j’espère, ce qui va arriver à Cluny où l’on pourra voir 12 tubes droits de néon traverser de part en part “les Ecuries”, venant de l’infini et y retournant, d’après le palindrome explicite : ∞ NOENDNEON ∞
 
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